Sélectionner une page
« L’Insulte » : le portrait d’un Liban déchiré

« L’Insulte » : le portrait d’un Liban déchiré

Mardi dernier avait lieu, au Coemedia, l’avant-première lyonnaise de LInsulte, film réalisé par Ziad Doueiri, produit par Julie Gayet et en présence de cette dernière. La salle était d’ailleurs remplie d’étudiants de l’IEP grâce au partenariat noué par le cinéma avec Bobinophile.

L’insulte, c’est le point de départ d’un engrenage, d’abord privé, ensuite politique qui prend comme décor le Beyrouth d’aujourd’hui. Entre Toni, nationaliste chrétien libanais, et Yasser, réfugié palestinien, le ton monte à propos d’un tuyau devant être mis aux normes. Les deux hommes ne s’écoutent pas. Yasser insulte Toni qui réagit vivement. « Ariel Sharon aurait dû tous vous exterminer » lâche-t-il au plombier. Cette allusion aux massacres perpétrés dans les camps palestiniens de Sabra et Shatila en 1982 passe mal. Les excuses sont impossibles, la fierté s’en mêle et l’enjeu devient bientôt national. C’est au tribunal que Toni et Yasser poursuivent leur conflit mais ce dernier n’a plus rien de privé. Le pays entier s’embrase, la faute à l’immédiateté des réseaux sociaux et à la misère qui ronge la ville, filmée par des plans aériens superbes.

 

Source image : Allociné

Ce film est passionnant car il aborde de manière franche, presque crue, la question de la résilience et de la réconciliation politique. Près de trente ans après la fin de la guerre civile qui a déchiré le Liban, les tabous sont nombreux en raison des lois d’amnistie qui ont empêché toute enquête sérieuse sur le sujet. Chaque camp se renvoie massacres et injures. Le film évite habilement de prendre parti, les victimes devenant bourreaux et inversement. L’Histoire n’est jamais manichéenne et les hommes qui la provoquent pas davantage. Lors de la discussion qui a suivi le film, une psychiatre s’est interrogée sur la possibilité d’une guérison « lorsque cest tout un peuple qui a  souffert et qui a besoin dune thérapie ».

De fait, le film explore la possibilité et l’impossibilité de cette réconciliation. Paradoxalement, la relation qui se noue entre les deux hommes n’a rien d’un conflit personnel entre deux ennemis. On peut même dire que cette relation est empreinte d’une grande humanité. Yasser n’est pas l’ennemi de Toni, il n’est que le symbole de la cause palestinienne que ce dernier exècre à cause du massacre de Damour, cette petite localité chrétienne au sud de Beyrouth dont une partie des habitants a été exécutée en janvier 1976 par des milices palestiniennes. On comprend que les hommes ne sont que des symboles, presque des symptômes d’un problème beaucoup plus large. L’infiniment grand a toujours des causes humaines, et inversement, l’humain se trouve dépassé par des mécanismes sociaux implacables.

 

 

« Les guerres commencent toujours par des mots », c’est là l’autre réflexion stimulante que propose le film. La parole ne joue pas toujours le beau rôle. Le titre en est la preuve : tout part d’un simple mot. Mais alors que la parole devrait être le moyen de dépasser la violence, le procès ne fait qu’envenimer les choses. Deux avocats se saisissent de l’affaire, apportant leurs propres affects. Le film devient d’un réalisme cynisme sur la question judiciaire. Pour le vieux loup qui défend Toni, tous les coups sont bons pour affaiblir l’adversaire. De même, la jeune avocate qui défend Yasser , pourtant plus humaine, n’hésite pas à dévoiler l’intimité de la jeune femme de Toni pour faire emporter sa cause. Les deux avocats ne défendent plus tant des individus que des causes, la leur et celle d’un camp politique. La réalisation se fait inventive durant cette phase de procès, la caméra se mettant à la place des accusés autour desquels tournent les avocats, tour à tour défenseurs et procureurs. Toni et Yasser deviennent les spectateurs d’un procès qui, déjà, ne les concerne plus. Les manifestations se succèdent, les mots deviennent des slogans politiques.

Source image : cinenews.be

 

Si le film explore les conséquences politiques du procès, il nous plonge également dans l’intimité des familles qui en sont à la fois les victimes et les instigatrices. La place des femmes est particulièrement intéressante. C’est par les femmes que la situation se noue ou se dénoue. C’est une femme qui est juge, ce qui n’a rien d’anodin dans le contexte du film. La jeune femme, enceinte au début du film, de Toni joue un rôle important dans la tournée dramatique de l’affaire. Enfin, l’avocate qui défend Yasser défend autant son client que sa propre légitimité à exercer sa profession dans un entourage exclusivement masculin. C’est donc un tableau historique mais aussi sociologique et psychologique que dépeint ce film, parfois à l’aide d’une musique un peu trop mélodramatique, le tout dans un Liban déchiré par le conflit mémoriel. La sortie du film là-bas a d’ailleurs connu quelques péripéties, Ziad Doueiri ayant été arrêté à l’aéroport de Beyrouth avant d’être finalement relâché quelques heures plus tard. Quand il a appris la nomination de son film à l’Oscar du meilleur film étranger, Ziad Doueiri a d’ailleurs confié éprouver « un sentiment de vengeance ». L’Académie des Oscars, connue pour son goût des films politiques, primera-t-elle LInsulte ? Pour le savoir, rendez-vous le 4 mars prochain à Los Angeles.

Emilie Spertino

(pour voir les autres articles d’Emilie, c’est ici)

La discrimination positive a bon dos

On en a entendu parler pour Mirabeau, mais c’est un grief qui revient souvent, concernant les concours, les films, le théâtre ou même la recherche d’emploi. La fameuse discrimination positive. Un sujet qui fait débat, à raison, mais qui est aussi souvent détourné, jusqu’à en devenir légèrement oppressif.

Mais quel est le problème ? Remettons les points sur les « i » afin de recentrer un peu le débat et posons-nous les bonnes questions.

D’abord, la discrimination positive est une question qui mérite vraiment d’être posée. C’est une action visant à réduire les inégalités subies par certains groupes ou communautés, en leur accordant des avantages préférentiels. Le terme nait dans les années 80 mais devient courant dans les années 2000, à la suite de la visibilité que prennent les différentes politiques visant à rééquilibrer la balance. Parmi ces politiques, la création de modalités de concours différentes pour les élèves venant de Zones d’Éducation Prioritaire dans les Instituts d’Études Politiques. Également celles menées par un certain nombre d’écoles de théâtre, tel que le stage « Égalité des chances » créé par la Comédie de Saint-Étienne, ouvert à des jeunes issus de milieux moins favorisés.

Le but de ces politiques est à long terme d’institutionnaliser une sorte de parité, qui ne se fait malheureusement pas naturellement. La discrimination positive est donc l’un des moyens possibles pouvant être utilisés afin de résoudre les inégalités dans les représentations, plus que nombreuses aujourd’hui.

Il est en effet plus difficile pour une jeune femme noire de se projeter dans le théâtre si elle n’a jamais connu de comédienne noire, ou comme l’explique très bien la militante Sarah Zouak, dans l’épisode 24 du podcast “La Poudre” (Lauren Bastide), pouvoir être musulmane et féministe quand on ne parle quasiment jamais des courants de féminisme islamique dans les médias.

Il y a un vrai besoin de voir plus de femmes en politique, de voir plus de comédiens noirs au théâtre et au cinéma, pour que tout le monde sache que ce sont des choses possibles. La discrimination positive peut être vue comme l’une des premières étapes afin de créer un mouvement vertueux, qui encouragerait chacun à accomplir les choses dont il se sent capable, sans se sentir limité par un manque de légitimité dû à une sous-représentation.

En plus de lutter concrètement contre des préjugés et l’absence de diversité dans certains domaines, elle permet d’offrir un regard pluriel et d’être plus fidèle à la réalité, d’aller au-delà d’une reproduction élitiste de certains milieux qui finissent par en devenir franchement consanguins à force de refuser l’ouverture.

« Une des vraies questions aujourd’hui est de lutter contre une forme de ségrégation sociale qu’il y a de fait dans le milieu théâtral qui n’est pas accessible à tout le monde. Il n’existe pas d’enquête sur l’identité de ceux qui se présentent aux concours. Mon expérience à l’école du T.N.B. où on demandait aux candidats la profession des parents a fait apparaître qu’il y avait une proportion infime de fils d’ouvriers, de fils de chômeurs, de fils de paysans qui se présentaient – je parle juste de se présenter. Il y avait une proportion infime de gens issus de la diversité – même si le mot est horrible. », Stanislas Nordey, directeur du Théâtre National de Strasbourg

Le problème est que le volontarisme ne fait pas tout et que la discrimination positive est souvent retournée contre les personnes qui en bénéficient afin de les dévaloriser. Les arguments « elle a été choisie et a pris la place de quelqu’un d’autre juste parce que c’est une fille », ou « ce type est moyen mais il a été pris parce qu’il est noir », entrent dans un mécanisme insidieux qui permet aux dominants de délégitimer certaines personnes (quand bien même elles n’ont parfois même pas bénéficié d’une discrimination positive).

C’est un moyen de se défendre face à une « menace », et qui a le mérite de faire perdre son efficacité à la politique, puisqu’on va continuer à considérer la personne sous un prisme de « femme » ou de « Noir » en l’empêchant d’être en tant qu’individu. On enlève aussi la spontanéité qui a pu motiver le choix, en disant qu’il n’a été fait que par la volonté du politiquement correct, de faire plaisir à tout le monde et donc reste dans une image à renvoyer, du superficiel qui nie les qualités réelles de la personne.

C’est aussi là que l’on voit que quelqu’un de dominant socialement (généralement un homme, blanc, aisé, hétérosexuel, et cisgenre) a non seulement la possibilité de se tromper, mais aussi celle d’être moyen. Il ne sera pas remis en question directement, alors qu’une femme devra être excellente, faire 100 fois ses preuves pour prouver sa légitimité et montrer qu’elle n’est pas là seulement parce que c’est une femme.

On se retrouve finalement avec une politique plutôt contre-productive puisque si elle permet à des personnes généralement discriminées d’accéder à certains choses plus facilement, elle peut aussi être très vite retournée contre elles et devenir un instrument de dévalorisation.

Cependant le but de cet article n’est pas seulement de faire un rapide état des lieux de la question, nécessaire au vu de ce que l’on peut parfois entendre, mais aussi de donner une opinion.

Je suis pour la discrimination positive.

Si vous ne l’avez pas encore compris, je le répète, je suis pour la discrimination positive. Oui, elle peut parfois répondre à des critères de politiquement correct. Ok, toutes ces pubs où l’on fait figurer un asiatique, un métis, une nana, pour être sûr que personne ne râle, paraissent bien artificielles. Mais l’indignation ne devrait pas plutôt venir du fait que ça ne soit pas spontané ? Qu’on en soit encore contraint de se sentir obligé de mettre de la diversité éthique un peu partout ?

Alors oui, peut être que le changement passe aussi par là. Par une parité homme/femme imposée en politique. Par des quotas. Nous ne sommes pas capables de le faire de nous-même ? Quel dommage.

Certains pensent ne pas en avoir besoin, pouvoir se débrouiller sans, qu’une fois de plus ce genre de politique créé des assistés. Pourtant les chiffres sont là, ils nous rappellent que les choses ne sont pas aussi simples, nous avons intériorisés des dominations et tout le mérite du monde n’est pas toujours suffisant. La discrimination positive n’a pas pour but d’être éternelle. Elle est là pour normaliser la lutte contre des inégalités elles même institutionnalisées (Bourdieu here you are !). Aussi longtemps qu’elle existera elle montrera que le monde n’avance pas, ou très lentement.  Oui bien sûr ce serait génial de ne pas en avoir besoin. Sauf que dire aujourd’hui qu’elle est inutile serait nier des discriminations, qui elles sont bien réelles et résistantes. Et évidemment si l’on ne fait que ça on ne changera pas grand-chose, mais une action n’en empêche pas d’autres, la discrimination positive doit faire partie d’un mouvement plus large passant par l’éducation, la santé, la lutte contre la pauvreté …

On a encore beaucoup de travail devant nous. Le débat reste ouvert.

Par Violette Chalier

Pour aller plus loin :

Interview de Stanislas Nordey : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3450

Ahttp://www.lemonde.fr/economie/chat/2010/01/22/faut-il-imposer-des-quotas-de-femmes-a-la-tete-des-entreprises_1295240_3234.html

La Poudre : http://www.nouvellesecoutes.fr/la-poudre/

Une petite convocation…

Une petite convocation…

Crédit photo : Anaximandredecarie (licence CC).

 « À la suite des propos que vous avez tenus dans divers médias, je souhaite avoir une explication avec vous. Je vous convoque donc dans mon bureau le [date] à [heure]. Cordialement, Renaud Payre ». C’est un message du directeur que les étudiant·e·s de Sciences Po Lyon peuvent apparemment recevoir si elles et ils répondent à la presse.

 

 

Extrait du règlement intérieur de l’IEP de Lyon, approuvé par le Conseil d’administration le 16 juin 2017, titre IV, article 48 : « La liberté d’information, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, et plus généralement, l’ensemble des libertés et droits fondamentaux sont garantis au sein de Sciences Po Lyon ». Oui, mais…

Ces dernières semaines, des bruits ont circulé sur la convocation d’étudiant·e·s par M. Payre par rapport à des propos tenus dans la presse. Après une revue de presse sur les potentiels contenus concernés, il apparaît évident qu’aucun d’entre eux ne contient un délit d’expression. Pas une trace de diffamation, d’injure, de mensonge, ni d’incitation à la haine. Difficile aussi de prétendre qu’ils « [troublent] l’ordre public et [portent] atteinte aux activités d’enseignement, de recherche et d’administration conduites en son sein » (règlement intérieur, article 48). Mais alors, pourquoi diable y aurait-il une convocation ?

Interrogé par mail sur ces rumeurs, le responsable de la communication de l’IEP Olivier Guillemain nous a confirmé l’information, répondant que « la convocation de ces élèves porte sur un sujet plus large ». Le message du directeur ne fait pourtant pas mention dudit « sujet plus large ». Quel est-il ? M. Guillemain, soulignant que « la réunion s’est très bien passée » et que « les échanges étaient très constructifs », nous suggère après la rencontre de demander aux étudiant·e·s en question.

Contacté·e·s par le BDM, ces dernier·e·s confirment ses dires, mais se disent contre la publication d’un article sur le sujet. Nous ne pouvons donc pas fournir plus de détails.

 

Rappels divers :

  • La liberté d’expression des membres de Sciences Po Lyon inclut le droit de critiquer la politique de l’école.
  • Même si aucune sanction formelle n’y fait suite, la convocation d’étudiant·e·s par un·e supérieur·e hiérarchique peut légalement être considérée comme une tentative d’intimidation.
  • « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions » (Déclaration universelle des droits humains, extrait de l’article 19).

 

Alexis DEMOMENT

Star Wars VIII : Audace ou trahison ?

Star Wars VIII : Audace ou trahison ?

Star Wars VIII : Les Derniers Jedi (The Last Jedi)
Sorti le 13 décembre 2017
Réalisé par Rian Johnson

Avis à toi l’internaute : je ne vais rien spoiler de ce nouveau Star Wars ! Ça va être difficile d’en parler sans dévoiler le scénario mais je vais faire cet effort pour toi… Et toi seulement. Par contre, je vais bien évidemment devoir me baser sur l’histoire posée dans Star Wars VII : Le Réveil de la Force, pour t’expliquer le point de départ de ce nouvel opus. Donc spoilers, mais pour un film sorti il y a deux ans donc si tu ne l’as pas vu, qu’est-ce que tu fiches encore ici ?

Source image : The Daily Geek Show

Bref, Le Réveil de la Force s’était terminé sur un Premier Ordre (c’est les méchants) défait, suite à la destruction de la base Starkiller, son arme la plus destructrice ; mais on le retrouve dans cet opus plutôt en bonne forme puisque ce groupuscule d’extrémistes semble maintenant contrôler une bonne partie de la galaxie ! Ce qui force la Rébellion (c’est les gentils), aux ordres de la Princesse Leia, à fuir face à l’armada du Leader Suprême Snoke et de son apprenti et antagoniste du film précédent : Kylo Ren. En parallèle, Rey, l’énigmatique héroïne du Réveil de la Force a enfin retrouvé Luke Skywalker paumé sur une île et souhaite devenir son apprentie.

L’histoire va donc se centrer, pendant une première partie assez longue, autour de trois intrigues parallèles : la course-poursuite spatiale entre le Premier Ordre et la Rébellion ; l’infiltration d’une planète un peu particulière par Finn et Rose, une mécano rebelle introduite dans ce film afin d’aider la rébellion ; et l’entraînement de Rey.

 

Source image : Clionautes

 

Voilà le pitch de départ. Maintenant, que dire de ce film sans dévoiler plus de scénario ? Pour cet opus, J.J. Abrams a laissé la réalisation à Rian Johnson, le talentueux réalisateur de Looper ainsi que de plusieurs épisodes de séries, comme Breaking Bad. Et on peut dire que Rian nous a pondu un film osé ! Ce film prend le parti de se démarquer de l’ancienne saga, tout en la référençant de temps en temps de manière efficace et pas trop « fanservice ».

Là où Le Réveil de la Force était dans la filiation directe de la trilogie originale, à outrance même puisqu’il s’est vu qualifié de « plagiat » de Star Wars IV (injustement, selon moi) ; Les Derniers Jedi accepte de devenir un film à part entière, au scénario distingué de tout ce qui a été fait auparavant.

Ce film va diviser, c’est certain. Je pense surtout aux fans hardcore de la saga qui regretteront certaines directions prises par l’histoire et seront déçus par le destin de certains personnages. Mais bon dieu, ce film m’a laissé la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés ! Ça fait du bien d’avoir un film aussi audacieux, après un Star Wars VII bien trop prévisible, d’avoir un film qui plusieurs fois te mène en bateau en te faisant croire à un retournement de situation pour au final t’en balancer un autre au visage ! 2h30 de pur plaisir pour vous mesdames et messieurs !

Source image : Allociné

N’étant pas un expert en matière de réalisation, je vais plutôt m’attarder sur quatre partis pris essentiels, selon moi, du scénario :

L’évolution des nouveaux personnages

Les personnages introduits dans cette nouvelle trilogie (Rey, Finn, Poe Dameron, …) s’émancipent enfin des figures emblématiques de la franchise. Dans l’opus précédent, Rey était placée dans une relation mentor-élève avec Han Solo, situation qui se retrouve dans ce film avec Luke mais bien plus nuancée, Rey n’hésitant pas à questionner les décisions de Luke à plusieurs reprises.

De même, le personnage de Poe Dameron est présenté en début de film comme un combattant casse-cou qui ne réfléchit pas aux pertes humaines si une bataille peut être remportée. Mais son tempérament évoluera tout au long du film pour arriver à une réelle conclusion, toute en nuance. Je suis heureux de voir l’évolution de ce personnage, car cela signifie que Star Wars VIII se suffit à lui-même. Bien sûr, l’histoire s’étend sur trois volets, mais des sous-intrigues sont propres à ce film. Bien que s’inscrivant dans une trilogie, ce film est un produit fini.

Les personnages font leurs propres choix, ils ne sont pas guidés par un destin figé

L’idée de destin irrigue les deux premières trilogies Star Wars : Anakin Skywalker, l’élu qui ramènera l’équilibre dans la Force ; toute la famille Skywalker qui a un lien très fort avec la Force.

Ce film s’éloigne de cette idée de destin. Bien que des personnages semblent « condamnés » à faire de grandes choses, notamment dans la famille Skywalker, le traitement d’autres personnages nous montre une chose : tout le monde peut être un rebelle, tout le monde peut développer des affinités avec la Force, tout le monde peut faire preuve de courage.

Là encore, le postulat tranche net avec le reste de la série, qui se centrait essentiellement sur l’histoire de la famille Skywalker, prédestinée à faire de grandes choses. Je comprends que certains puissent voir cela comme une fausse note, mais je n’en démordrai pas : ce film ose et le fait bien.

Tout n’est pas noir ou blanc

L’étrange connexion entre Rey et Kylo Ren avait été posée dans le film précédent et continuera à être exploitée dans celui-ci. Cela permet de nous montrer quelques échanges valorisant l’idée qu’il suffit de presque rien pour passer du côté lumineux ou du côté obscur de la Force.

Les personnages qui évoluent dans ce film ne sont pas monolithiques. Pour prendre un exemple dont je peux parler sans spoiler, le personnage de Finn continue sur le chemin qu’il avait pris dans le volet précédent : c’est un lâche qui dans les situations les plus désespérées fera preuve d’un courage immense. Cette ambiguïté reflète le traitement des personnages dans le film. Personne n’est uniformément gentil ou méchant. Je me moquais dans le début de ma critique de la dichotomie Premier Ordre en grands méchants et Rébellion en grands gentils. Mais certains passages nous montrent que la réalité n’est pas ce qu’elle semble être et que la majorité des personnages n’agissent que pour une chose : ce qu’ils pensent être juste.

L’humour très présent

Ce point est pour moi mineur comparé à ceux traités précédemment, mais il faut bien en parler : l’humour est très présent dans ce film. Certains diront trop, je dis juste assez. Je ne pense pas que la présence d’humour nuise à l’histoire, même certaines blagues arrivant dans des situations très sérieuses réussissent à détendre l’atmosphère sans rompre le ton. Encore plus, je pense que certaines touches humoristiques permettent de dynamiser le récit, de garder le spectateur attentif.

 

Bref, vous l’aurez compris, j’ai adoré Star Wars VIII : Les Derniers Jedi. Ce film ne fera pas l’unanimité, mais on ne peut lui retirer son caractère divertissant et le fait qu’il aborde des thématiques assez profondes. La seule question qui m’inquiète est : Que donnera Star Wars IX ? En effet, le huitième opus brise tellement les codes qu’il est difficile de s’imaginer ce que pourra être la conclusion de cette nouvelle trilogie. Mais ne pensons pas au futur, et contentons-nous d’apprécier ce que nous avons : un très bon « space opera » pour Noël ! Et n’oubliez pas : Han shot first !

Benjamin Vernet

Saint-Étienne : inaugurer pour mieux rassembler

Saint-Étienne : inaugurer pour mieux rassembler

 

L’inauguration du nouveau campus de Sciences Po Lyon à Saint-Étienne a officiellement eu lieu ce lundi 4 décembre. Dans la matinée, l’IEP a reçu plusieurs élus locaux dans le bâtiment tout juste rénové du 77 rue Michelet. L’occasion d’affirmer la réussite du démarrage de ce projet.

 

Une ambiance plutôt joviale régnait parmi les officiels en présence lors de la cérémonie d’inauguration. Les visages de Georges Képénékian (maire de Lyon), Gaël Perdriau (maire de Saint-Étienne), Françoise Moulin Civil (rectrice de la région académique Auvergne-Rhône-Alpes), Evence Richard (préfet de la Loire), Yannick Neuder (vice-président délégué à l’enseignement supérieur et à la recherche de la région Auvergne-Rhône-Alpes) et Khaled Bouabdallah (président de l’université de Lyon), parmi d’autres, semblaient marqués par la satisfaction. Malgré leurs différentes étiquettes politiques, tous étaient unanimes pour se féliciter du lancement de ce projet de campus délocalisé de Sciences Po Lyon, qu’ils jugent prometteur.

 

Réunir sur un sujet qui divise

Le protocole était bien filé. D’abord, la visite des locaux a permis de valoriser l’architecture du bâtiment et les rénovations entreprises pour optimiser le cadre d’étude. Est ensuite venu le discours, sous les yeux réjouis de Renaud Payre (directeur de Sciences Po Lyon) et Michèle Cottier (présidente de l’université Jean Monnet de Saint-Étienne), durant lequel plusieurs élus et représentants ont pu faire part de leur enthousiasme devant l’amphithéâtre rempli. La cérémonie s’est terminée par un pot au sixième et dernier étage.

L’administration semblait vouloir réunir sur un sujet qui a parfois divisé. M. Perdriau estimait que « la concurrence n’a absolument pas lieu d’être » entre Lyon et Saint-Étienne. M. Payre a quant à lui rappelé sa conviction « que l’ouverture de nouveaux sites et l’autonomie des établissements ne sont pas contradictoires ». Sarah Peillon, représentante de la métropole de Lyon et diplômée de l’IEP, a comparé cette « étape importante » à l’ouverture du bâtiment rue Appleton, qui avait eu lieu à l’époque où elle-même étudiante au centre Berthelot. Mme Moulin Civil a souligné « l’importance la démocratisation et de l’égalité des chances » dans l’enseignement.

Gaël Perdriau s’exprime au micro (à droite), sous le regard de Renaud Payre (à gauche), Michèle Cottier (au centre) et de Georges Képénékian (au premier plan). Crédit Alexis Demoment

 

Et côté étudiant ?

Côté étudiant, on était venu plutôt nombreux. Une quinzaine d’entre eux était présente dans l’amphithéâtre. Comme celui-ci était complet, une dizaine d’autres a pu suivre la cérémonie depuis une seconde salle, grâce à une retransmission vidéo en direct. Si le pot a été un moment d’échange informel entre étudiants, personnel et invités, quelques 1ères années regrettaient de ne pas être plus au centre de cette cérémonie. « Le seul étudiant qui est intervenu [Alexandre Tiraboshi, vice-président étudiant de l’université Jean Monnet et de l’université de Lyon, ndlr] est en master et parlait plus au nom de l’université Jean Monnet que de Sciences Po Lyon », estime une étudiante de la nouvelle promotion.

La déception était cependant loin d’être totale chez les étudiants, qui ont pu profiter de l’occasion pour témoigner devant les micros et caméras des médias locaux. Autour, l’administration tendait l’oreille attentivement. On craignait qu’ils renvoient une image en décalage avec celle affichée par le personnel et les invités. La réalité quotidienne du campus les a certes rendus plus nuancés que les discours officiels. Mais les Stéphanois ont dans l’ensemble mis en avant l’enthousiasme qu’ils ont à faire partie de cette promotion pionnière. En tout cas, pour ceux qui en doutaient encore, on peut maintenant avoir la certitude que l’administration les a entendus !

 

Alexis DEMOMENT