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« L’Insulte » : le portrait d’un Liban déchiré

« L’Insulte » : le portrait d’un Liban déchiré

Mardi dernier avait lieu, au Coemedia, l’avant-première lyonnaise de LInsulte, film réalisé par Ziad Doueiri, produit par Julie Gayet et en présence de cette dernière. La salle était d’ailleurs remplie d’étudiants de l’IEP grâce au partenariat noué par le cinéma avec Bobinophile.

L’insulte, c’est le point de départ d’un engrenage, d’abord privé, ensuite politique qui prend comme décor le Beyrouth d’aujourd’hui. Entre Toni, nationaliste chrétien libanais, et Yasser, réfugié palestinien, le ton monte à propos d’un tuyau devant être mis aux normes. Les deux hommes ne s’écoutent pas. Yasser insulte Toni qui réagit vivement. « Ariel Sharon aurait dû tous vous exterminer » lâche-t-il au plombier. Cette allusion aux massacres perpétrés dans les camps palestiniens de Sabra et Shatila en 1982 passe mal. Les excuses sont impossibles, la fierté s’en mêle et l’enjeu devient bientôt national. C’est au tribunal que Toni et Yasser poursuivent leur conflit mais ce dernier n’a plus rien de privé. Le pays entier s’embrase, la faute à l’immédiateté des réseaux sociaux et à la misère qui ronge la ville, filmée par des plans aériens superbes.

 

Source image : Allociné

Ce film est passionnant car il aborde de manière franche, presque crue, la question de la résilience et de la réconciliation politique. Près de trente ans après la fin de la guerre civile qui a déchiré le Liban, les tabous sont nombreux en raison des lois d’amnistie qui ont empêché toute enquête sérieuse sur le sujet. Chaque camp se renvoie massacres et injures. Le film évite habilement de prendre parti, les victimes devenant bourreaux et inversement. L’Histoire n’est jamais manichéenne et les hommes qui la provoquent pas davantage. Lors de la discussion qui a suivi le film, une psychiatre s’est interrogée sur la possibilité d’une guérison « lorsque cest tout un peuple qui a  souffert et qui a besoin dune thérapie ».

De fait, le film explore la possibilité et l’impossibilité de cette réconciliation. Paradoxalement, la relation qui se noue entre les deux hommes n’a rien d’un conflit personnel entre deux ennemis. On peut même dire que cette relation est empreinte d’une grande humanité. Yasser n’est pas l’ennemi de Toni, il n’est que le symbole de la cause palestinienne que ce dernier exècre à cause du massacre de Damour, cette petite localité chrétienne au sud de Beyrouth dont une partie des habitants a été exécutée en janvier 1976 par des milices palestiniennes. On comprend que les hommes ne sont que des symboles, presque des symptômes d’un problème beaucoup plus large. L’infiniment grand a toujours des causes humaines, et inversement, l’humain se trouve dépassé par des mécanismes sociaux implacables.

 

 

« Les guerres commencent toujours par des mots », c’est là l’autre réflexion stimulante que propose le film. La parole ne joue pas toujours le beau rôle. Le titre en est la preuve : tout part d’un simple mot. Mais alors que la parole devrait être le moyen de dépasser la violence, le procès ne fait qu’envenimer les choses. Deux avocats se saisissent de l’affaire, apportant leurs propres affects. Le film devient d’un réalisme cynisme sur la question judiciaire. Pour le vieux loup qui défend Toni, tous les coups sont bons pour affaiblir l’adversaire. De même, la jeune avocate qui défend Yasser , pourtant plus humaine, n’hésite pas à dévoiler l’intimité de la jeune femme de Toni pour faire emporter sa cause. Les deux avocats ne défendent plus tant des individus que des causes, la leur et celle d’un camp politique. La réalisation se fait inventive durant cette phase de procès, la caméra se mettant à la place des accusés autour desquels tournent les avocats, tour à tour défenseurs et procureurs. Toni et Yasser deviennent les spectateurs d’un procès qui, déjà, ne les concerne plus. Les manifestations se succèdent, les mots deviennent des slogans politiques.

Source image : cinenews.be

 

Si le film explore les conséquences politiques du procès, il nous plonge également dans l’intimité des familles qui en sont à la fois les victimes et les instigatrices. La place des femmes est particulièrement intéressante. C’est par les femmes que la situation se noue ou se dénoue. C’est une femme qui est juge, ce qui n’a rien d’anodin dans le contexte du film. La jeune femme, enceinte au début du film, de Toni joue un rôle important dans la tournée dramatique de l’affaire. Enfin, l’avocate qui défend Yasser défend autant son client que sa propre légitimité à exercer sa profession dans un entourage exclusivement masculin. C’est donc un tableau historique mais aussi sociologique et psychologique que dépeint ce film, parfois à l’aide d’une musique un peu trop mélodramatique, le tout dans un Liban déchiré par le conflit mémoriel. La sortie du film là-bas a d’ailleurs connu quelques péripéties, Ziad Doueiri ayant été arrêté à l’aéroport de Beyrouth avant d’être finalement relâché quelques heures plus tard. Quand il a appris la nomination de son film à l’Oscar du meilleur film étranger, Ziad Doueiri a d’ailleurs confié éprouver « un sentiment de vengeance ». L’Académie des Oscars, connue pour son goût des films politiques, primera-t-elle LInsulte ? Pour le savoir, rendez-vous le 4 mars prochain à Los Angeles.

Emilie Spertino

(pour voir les autres articles d’Emilie, c’est ici)

La discrimination positive a bon dos

On en a entendu parler pour Mirabeau, mais c’est un grief qui revient souvent, concernant les concours, les films, le théâtre ou même la recherche d’emploi. La fameuse discrimination positive. Un sujet qui fait débat, à raison, mais qui est aussi souvent détourné, jusqu’à en devenir légèrement oppressif.

Mais quel est le problème ? Remettons les points sur les « i » afin de recentrer un peu le débat et posons-nous les bonnes questions.

D’abord, la discrimination positive est une question qui mérite vraiment d’être posée. C’est une action visant à réduire les inégalités subies par certains groupes ou communautés, en leur accordant des avantages préférentiels. Le terme nait dans les années 80 mais devient courant dans les années 2000, à la suite de la visibilité que prennent les différentes politiques visant à rééquilibrer la balance. Parmi ces politiques, la création de modalités de concours différentes pour les élèves venant de Zones d’Éducation Prioritaire dans les Instituts d’Études Politiques. Également celles menées par un certain nombre d’écoles de théâtre, tel que le stage « Égalité des chances » créé par la Comédie de Saint-Étienne, ouvert à des jeunes issus de milieux moins favorisés.

Le but de ces politiques est à long terme d’institutionnaliser une sorte de parité, qui ne se fait malheureusement pas naturellement. La discrimination positive est donc l’un des moyens possibles pouvant être utilisés afin de résoudre les inégalités dans les représentations, plus que nombreuses aujourd’hui.

Il est en effet plus difficile pour une jeune femme noire de se projeter dans le théâtre si elle n’a jamais connu de comédienne noire, ou comme l’explique très bien la militante Sarah Zouak, dans l’épisode 24 du podcast “La Poudre” (Lauren Bastide), pouvoir être musulmane et féministe quand on ne parle quasiment jamais des courants de féminisme islamique dans les médias.

Il y a un vrai besoin de voir plus de femmes en politique, de voir plus de comédiens noirs au théâtre et au cinéma, pour que tout le monde sache que ce sont des choses possibles. La discrimination positive peut être vue comme l’une des premières étapes afin de créer un mouvement vertueux, qui encouragerait chacun à accomplir les choses dont il se sent capable, sans se sentir limité par un manque de légitimité dû à une sous-représentation.

En plus de lutter concrètement contre des préjugés et l’absence de diversité dans certains domaines, elle permet d’offrir un regard pluriel et d’être plus fidèle à la réalité, d’aller au-delà d’une reproduction élitiste de certains milieux qui finissent par en devenir franchement consanguins à force de refuser l’ouverture.

« Une des vraies questions aujourd’hui est de lutter contre une forme de ségrégation sociale qu’il y a de fait dans le milieu théâtral qui n’est pas accessible à tout le monde. Il n’existe pas d’enquête sur l’identité de ceux qui se présentent aux concours. Mon expérience à l’école du T.N.B. où on demandait aux candidats la profession des parents a fait apparaître qu’il y avait une proportion infime de fils d’ouvriers, de fils de chômeurs, de fils de paysans qui se présentaient – je parle juste de se présenter. Il y avait une proportion infime de gens issus de la diversité – même si le mot est horrible. », Stanislas Nordey, directeur du Théâtre National de Strasbourg

Le problème est que le volontarisme ne fait pas tout et que la discrimination positive est souvent retournée contre les personnes qui en bénéficient afin de les dévaloriser. Les arguments « elle a été choisie et a pris la place de quelqu’un d’autre juste parce que c’est une fille », ou « ce type est moyen mais il a été pris parce qu’il est noir », entrent dans un mécanisme insidieux qui permet aux dominants de délégitimer certaines personnes (quand bien même elles n’ont parfois même pas bénéficié d’une discrimination positive).

C’est un moyen de se défendre face à une « menace », et qui a le mérite de faire perdre son efficacité à la politique, puisqu’on va continuer à considérer la personne sous un prisme de « femme » ou de « Noir » en l’empêchant d’être en tant qu’individu. On enlève aussi la spontanéité qui a pu motiver le choix, en disant qu’il n’a été fait que par la volonté du politiquement correct, de faire plaisir à tout le monde et donc reste dans une image à renvoyer, du superficiel qui nie les qualités réelles de la personne.

C’est aussi là que l’on voit que quelqu’un de dominant socialement (généralement un homme, blanc, aisé, hétérosexuel, et cisgenre) a non seulement la possibilité de se tromper, mais aussi celle d’être moyen. Il ne sera pas remis en question directement, alors qu’une femme devra être excellente, faire 100 fois ses preuves pour prouver sa légitimité et montrer qu’elle n’est pas là seulement parce que c’est une femme.

On se retrouve finalement avec une politique plutôt contre-productive puisque si elle permet à des personnes généralement discriminées d’accéder à certains choses plus facilement, elle peut aussi être très vite retournée contre elles et devenir un instrument de dévalorisation.

Cependant le but de cet article n’est pas seulement de faire un rapide état des lieux de la question, nécessaire au vu de ce que l’on peut parfois entendre, mais aussi de donner une opinion.

Je suis pour la discrimination positive.

Si vous ne l’avez pas encore compris, je le répète, je suis pour la discrimination positive. Oui, elle peut parfois répondre à des critères de politiquement correct. Ok, toutes ces pubs où l’on fait figurer un asiatique, un métis, une nana, pour être sûr que personne ne râle, paraissent bien artificielles. Mais l’indignation ne devrait pas plutôt venir du fait que ça ne soit pas spontané ? Qu’on en soit encore contraint de se sentir obligé de mettre de la diversité éthique un peu partout ?

Alors oui, peut être que le changement passe aussi par là. Par une parité homme/femme imposée en politique. Par des quotas. Nous ne sommes pas capables de le faire de nous-même ? Quel dommage.

Certains pensent ne pas en avoir besoin, pouvoir se débrouiller sans, qu’une fois de plus ce genre de politique créé des assistés. Pourtant les chiffres sont là, ils nous rappellent que les choses ne sont pas aussi simples, nous avons intériorisés des dominations et tout le mérite du monde n’est pas toujours suffisant. La discrimination positive n’a pas pour but d’être éternelle. Elle est là pour normaliser la lutte contre des inégalités elles même institutionnalisées (Bourdieu here you are !). Aussi longtemps qu’elle existera elle montrera que le monde n’avance pas, ou très lentement.  Oui bien sûr ce serait génial de ne pas en avoir besoin. Sauf que dire aujourd’hui qu’elle est inutile serait nier des discriminations, qui elles sont bien réelles et résistantes. Et évidemment si l’on ne fait que ça on ne changera pas grand-chose, mais une action n’en empêche pas d’autres, la discrimination positive doit faire partie d’un mouvement plus large passant par l’éducation, la santé, la lutte contre la pauvreté …

On a encore beaucoup de travail devant nous. Le débat reste ouvert.

Par Violette Chalier

Pour aller plus loin :

Interview de Stanislas Nordey : http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=3450

Ahttp://www.lemonde.fr/economie/chat/2010/01/22/faut-il-imposer-des-quotas-de-femmes-a-la-tete-des-entreprises_1295240_3234.html

La Poudre : http://www.nouvellesecoutes.fr/la-poudre/

Une petite convocation…

Une petite convocation…

Crédit photo : Anaximandredecarie (licence CC).

 « À la suite des propos que vous avez tenus dans divers médias, je souhaite avoir une explication avec vous. Je vous convoque donc dans mon bureau le [date] à [heure]. Cordialement, Renaud Payre ». C’est un message du directeur que les étudiant·e·s de Sciences Po Lyon peuvent apparemment recevoir si elles et ils répondent à la presse.

 

 

Extrait du règlement intérieur de l’IEP de Lyon, approuvé par le Conseil d’administration le 16 juin 2017, titre IV, article 48 : « La liberté d’information, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, et plus généralement, l’ensemble des libertés et droits fondamentaux sont garantis au sein de Sciences Po Lyon ». Oui, mais…

Ces dernières semaines, des bruits ont circulé sur la convocation d’étudiant·e·s par M. Payre par rapport à des propos tenus dans la presse. Après une revue de presse sur les potentiels contenus concernés, il apparaît évident qu’aucun d’entre eux ne contient un délit d’expression. Pas une trace de diffamation, d’injure, de mensonge, ni d’incitation à la haine. Difficile aussi de prétendre qu’ils « [troublent] l’ordre public et [portent] atteinte aux activités d’enseignement, de recherche et d’administration conduites en son sein » (règlement intérieur, article 48). Mais alors, pourquoi diable y aurait-il une convocation ?

Interrogé par mail sur ces rumeurs, le responsable de la communication de l’IEP Olivier Guillemain nous a confirmé l’information, répondant que « la convocation de ces élèves porte sur un sujet plus large ». Le message du directeur ne fait pourtant pas mention dudit « sujet plus large ». Quel est-il ? M. Guillemain, soulignant que « la réunion s’est très bien passée » et que « les échanges étaient très constructifs », nous suggère après la rencontre de demander aux étudiant·e·s en question.

Contacté·e·s par le BDM, ces dernier·e·s confirment ses dires, mais se disent contre la publication d’un article sur le sujet. Nous ne pouvons donc pas fournir plus de détails.

 

Rappels divers :

  • La liberté d’expression des membres de Sciences Po Lyon inclut le droit de critiquer la politique de l’école.
  • Même si aucune sanction formelle n’y fait suite, la convocation d’étudiant·e·s par un·e supérieur·e hiérarchique peut légalement être considérée comme une tentative d’intimidation.
  • « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions » (Déclaration universelle des droits humains, extrait de l’article 19).

 

Alexis DEMOMENT

Star Wars VIII : Audace ou trahison ?

Star Wars VIII : Audace ou trahison ?

Star Wars VIII : Les Derniers Jedi (The Last Jedi)
Sorti le 13 décembre 2017
Réalisé par Rian Johnson

Avis à toi l’internaute : je ne vais rien spoiler de ce nouveau Star Wars ! Ça va être difficile d’en parler sans dévoiler le scénario mais je vais faire cet effort pour toi… Et toi seulement. Par contre, je vais bien évidemment devoir me baser sur l’histoire posée dans Star Wars VII : Le Réveil de la Force, pour t’expliquer le point de départ de ce nouvel opus. Donc spoilers, mais pour un film sorti il y a deux ans donc si tu ne l’as pas vu, qu’est-ce que tu fiches encore ici ?

Source image : The Daily Geek Show

Bref, Le Réveil de la Force s’était terminé sur un Premier Ordre (c’est les méchants) défait, suite à la destruction de la base Starkiller, son arme la plus destructrice ; mais on le retrouve dans cet opus plutôt en bonne forme puisque ce groupuscule d’extrémistes semble maintenant contrôler une bonne partie de la galaxie ! Ce qui force la Rébellion (c’est les gentils), aux ordres de la Princesse Leia, à fuir face à l’armada du Leader Suprême Snoke et de son apprenti et antagoniste du film précédent : Kylo Ren. En parallèle, Rey, l’énigmatique héroïne du Réveil de la Force a enfin retrouvé Luke Skywalker paumé sur une île et souhaite devenir son apprentie.

L’histoire va donc se centrer, pendant une première partie assez longue, autour de trois intrigues parallèles : la course-poursuite spatiale entre le Premier Ordre et la Rébellion ; l’infiltration d’une planète un peu particulière par Finn et Rose, une mécano rebelle introduite dans ce film afin d’aider la rébellion ; et l’entraînement de Rey.

 

Source image : Clionautes

 

Voilà le pitch de départ. Maintenant, que dire de ce film sans dévoiler plus de scénario ? Pour cet opus, J.J. Abrams a laissé la réalisation à Rian Johnson, le talentueux réalisateur de Looper ainsi que de plusieurs épisodes de séries, comme Breaking Bad. Et on peut dire que Rian nous a pondu un film osé ! Ce film prend le parti de se démarquer de l’ancienne saga, tout en la référençant de temps en temps de manière efficace et pas trop « fanservice ».

Là où Le Réveil de la Force était dans la filiation directe de la trilogie originale, à outrance même puisqu’il s’est vu qualifié de « plagiat » de Star Wars IV (injustement, selon moi) ; Les Derniers Jedi accepte de devenir un film à part entière, au scénario distingué de tout ce qui a été fait auparavant.

Ce film va diviser, c’est certain. Je pense surtout aux fans hardcore de la saga qui regretteront certaines directions prises par l’histoire et seront déçus par le destin de certains personnages. Mais bon dieu, ce film m’a laissé la bouche grande ouverte et les yeux écarquillés ! Ça fait du bien d’avoir un film aussi audacieux, après un Star Wars VII bien trop prévisible, d’avoir un film qui plusieurs fois te mène en bateau en te faisant croire à un retournement de situation pour au final t’en balancer un autre au visage ! 2h30 de pur plaisir pour vous mesdames et messieurs !

Source image : Allociné

N’étant pas un expert en matière de réalisation, je vais plutôt m’attarder sur quatre partis pris essentiels, selon moi, du scénario :

L’évolution des nouveaux personnages

Les personnages introduits dans cette nouvelle trilogie (Rey, Finn, Poe Dameron, …) s’émancipent enfin des figures emblématiques de la franchise. Dans l’opus précédent, Rey était placée dans une relation mentor-élève avec Han Solo, situation qui se retrouve dans ce film avec Luke mais bien plus nuancée, Rey n’hésitant pas à questionner les décisions de Luke à plusieurs reprises.

De même, le personnage de Poe Dameron est présenté en début de film comme un combattant casse-cou qui ne réfléchit pas aux pertes humaines si une bataille peut être remportée. Mais son tempérament évoluera tout au long du film pour arriver à une réelle conclusion, toute en nuance. Je suis heureux de voir l’évolution de ce personnage, car cela signifie que Star Wars VIII se suffit à lui-même. Bien sûr, l’histoire s’étend sur trois volets, mais des sous-intrigues sont propres à ce film. Bien que s’inscrivant dans une trilogie, ce film est un produit fini.

Les personnages font leurs propres choix, ils ne sont pas guidés par un destin figé

L’idée de destin irrigue les deux premières trilogies Star Wars : Anakin Skywalker, l’élu qui ramènera l’équilibre dans la Force ; toute la famille Skywalker qui a un lien très fort avec la Force.

Ce film s’éloigne de cette idée de destin. Bien que des personnages semblent « condamnés » à faire de grandes choses, notamment dans la famille Skywalker, le traitement d’autres personnages nous montre une chose : tout le monde peut être un rebelle, tout le monde peut développer des affinités avec la Force, tout le monde peut faire preuve de courage.

Là encore, le postulat tranche net avec le reste de la série, qui se centrait essentiellement sur l’histoire de la famille Skywalker, prédestinée à faire de grandes choses. Je comprends que certains puissent voir cela comme une fausse note, mais je n’en démordrai pas : ce film ose et le fait bien.

Tout n’est pas noir ou blanc

L’étrange connexion entre Rey et Kylo Ren avait été posée dans le film précédent et continuera à être exploitée dans celui-ci. Cela permet de nous montrer quelques échanges valorisant l’idée qu’il suffit de presque rien pour passer du côté lumineux ou du côté obscur de la Force.

Les personnages qui évoluent dans ce film ne sont pas monolithiques. Pour prendre un exemple dont je peux parler sans spoiler, le personnage de Finn continue sur le chemin qu’il avait pris dans le volet précédent : c’est un lâche qui dans les situations les plus désespérées fera preuve d’un courage immense. Cette ambiguïté reflète le traitement des personnages dans le film. Personne n’est uniformément gentil ou méchant. Je me moquais dans le début de ma critique de la dichotomie Premier Ordre en grands méchants et Rébellion en grands gentils. Mais certains passages nous montrent que la réalité n’est pas ce qu’elle semble être et que la majorité des personnages n’agissent que pour une chose : ce qu’ils pensent être juste.

L’humour très présent

Ce point est pour moi mineur comparé à ceux traités précédemment, mais il faut bien en parler : l’humour est très présent dans ce film. Certains diront trop, je dis juste assez. Je ne pense pas que la présence d’humour nuise à l’histoire, même certaines blagues arrivant dans des situations très sérieuses réussissent à détendre l’atmosphère sans rompre le ton. Encore plus, je pense que certaines touches humoristiques permettent de dynamiser le récit, de garder le spectateur attentif.

 

Bref, vous l’aurez compris, j’ai adoré Star Wars VIII : Les Derniers Jedi. Ce film ne fera pas l’unanimité, mais on ne peut lui retirer son caractère divertissant et le fait qu’il aborde des thématiques assez profondes. La seule question qui m’inquiète est : Que donnera Star Wars IX ? En effet, le huitième opus brise tellement les codes qu’il est difficile de s’imaginer ce que pourra être la conclusion de cette nouvelle trilogie. Mais ne pensons pas au futur, et contentons-nous d’apprécier ce que nous avons : un très bon « space opera » pour Noël ! Et n’oubliez pas : Han shot first !

Benjamin Vernet

Elections du CA : Pourquoi je vote pour la MEG

Elections du CA : Pourquoi je vote pour la MEG

Ce jeudi 23 novembre, nous, étudiants de Sciences Po Lyon sommes appelés aux urnes pour élire les syndicats étudiants. Deux listes se font face : Alternatives et la Mobilisation des Étudiants de Gauche (MEG). Après avoir suivi la campagne et analysé les programmes, j’ai choisi de voter pour la MEG.

Avant toute chose, il faut sortir de cette guéguerre absolument ridicule de l’étiquette. Un éternel et pathétique dialogue de sourds : d’un côté Alternatives brandit son « apartisanisme », comme si la MEG était affiliée à un parti ; de l’autre, la MEG critique l’« apolitisme », terme erroné, du moins pas utilisé par Alternatives.

Il ne me semble pas non plus judicieux de se baser uniquement sur les propositions de chaque liste pour voter. Au risque de surprendre, je dirais même que celles-ci sont totalement secondaires. Rappelons-le, seules 9 des 30 places du conseil d’administration sont allouées aux étudiants. Les décisions sont prises à la majorité absolue. Une liste syndicale seule, même ayant remporté les 9 sièges, se retrouvera donc obligée de composer avec les autres membres de l’administration.

L’important n’est pas la force de proposition, mais la capacité à réagir

Ce n’est donc pas tant dans la force de proposition des candidats qu’il faut voir un atout, mais plutôt dans son aptitude à influencer le CA. Les propositions de chacune ne s’opposent pas. Je ne pense pas qu’Alternatives soit contre la « lutte contre toutes formes de discriminations » inscrite dans le programme de la MEG. Je ne crois pas non plus que la MEG soit réticente à la suggestion d’Alternatives d’installer « de nouveaux stationnements vélo autour de Sciences Po Lyon ».

Puisque minoritaires au CA, et n’ayant donc pas toutes les clés en main pour la prise de décision, la faculté de nos élus à agir est illusoire : il faut voter sur leur capacité à réagir. Ce que j’attends d’eux, c’est qu’ils négocient, fassent pression, critiquent. J’ose espérer qu’une fois élus, les candidats des deux listes sauront reconnaitre de bonnes idées chez le rival et les défendre conjointement. Ils sont pleins de bonnes intentions, et à mon avis sincères lorsqu’ils s’engagent à « défendre les intérêts des étudiants ». Mais de quels « étudiants » parle-t-on au juste ?

Les « étudiants » ne sont pas une simple entité !

Sur beaucoup de sujets où les intérêts étudiants ont été le cadet des soucis du CA, Alternatives s’est positionnée dans une « logique constructive de dialogue avec l’administration ». C’est pour cela qu’elle n’aura jamais mon vote. Comment peut-on parler de « logique constructive » alors qu’il existe un rapport de force ? Une construction implique un équilibre, qui aujourd’hui n’existe pas à l’IEP.

La MEG incarne les valeurs de la gauche. Une gauche plurielle, égalitaire et surtout qui s’assume. Quitte à souvent se retrouver seule contre tous au CA, elle a conservé son intégrité. Lorsqu’il faudra réagir à de futurs projets de l’administration inconnus à ce jour – comme cela avait été le cas lorsque le projet de campus à Saint-Étienne avait été annoncé –, nous savons clairement les principes qu’elle suivra. En refusant d’énoncer ses valeurs explicitement, Alternatives s’accapare les « intérêts des étudiants » et les réduit violemment à une cause unique et monodirectionnelle. Il y a dans notre école autant d’intérêts que d’étudiants ; certains sont parfois incompatibles. Pour trancher, je compte sur la MEG, qui prend le parti qui me semble le plus juste : celui du plus faible, celui de l’équité.

Alexis DEMOMENT

Wong Kar Wai, étoile du festival Lumière 2017

Wong Kar Wai, étoile du festival Lumière 2017

Wong Kar Wai, célèbre réalisateur chinois était à l’honneur du Festival Lumière 2017. Avec plusieurs grands films à son actif comme In the Mood for Love, Les anges déchus ou Chungking Express (que l’équipe de Bobinophile vous recommande), le prix Lumière de cette année a su se placer parmi les grands noms du cinéma d’auteur.

Né à Shangaï, il déménage à Hong Kong à l’âge de cinq ans et passe son enfance dans les cinémas de l’ancienne colonie britannique. Ses débuts dans le 7ème art sont favorisés par le contexte des années 1990, l’âge d’or du cinéma hongkongais . Il devient une référence internationale grâce à Happy Together, prix de la mise en scène à Cannes en 1997 et surtout In the Mood for Love, son film le plus connu à ce jour.

Lors de la remise du prix par Isabelle Adjani, le réalisateur a rendu hommage à son épouse et « muse », Esther : « il y a des éclats d’elle dans chacun des personnages féminins de mes films » a-t-il déclaré. Le réalisateur a aussi profité de sa venue à Lyon pour tourner une courte séquence de son nouveau projet, un remake du tout premier film de l’histoire du cinéma, La sortie des usines Lumière.

Ses productions sont marquées par une ambiance très caractérisée : esthétique, sensuelle et douce mais à chaque fois originale. Wong Kar Wai est apprécié par sa grande délicatesse dans le traitement des personnages et dans sa manière de filmer.

Nous avons recueilli les impressions des spectateurs sortant de la séance de clôture du festival où In the Mood for Love était projeté :

Manon Botticelli et Violette Chalier