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Bobinews #9

Bobinews #9

Pour la rentrée, Bobinophile fait son grand retour avec cette neuvième édition des Bobinews ! Qu’est-ce que c’est ? Une série de reviews concoctées par les membres de notre association cinéma ! Vous y découvrirez de nombreuses rubriques telles que des retours sur l’actu ciné, des avis sur les films et séries du moment, ou des rétrospectives sur les trésors cachés du 7ème art. Bonne lecture !

Les films à l’affiche

 

Mother! 
Réalisé par Darren Aronofsky
Sortie: 13 septembre 2017. 

 

Une femme organiquement liée à sa maison, un écrivain sans inspiration, un havre de paix et d’amour rapidement bousculé par des intrusions. 

L’histoire des grands drames de l’humanité en une séance de deux heures. Mother! serait alors le « film le plus détesté de la décennie ». Bon.

Outre mon admiration malsaine pour le réalisateur du film qui a parfaitement dérangé mon adolescence (ndlr. Requiem for a dream), et une ferme obsession pour Jennifer Lawrence, Mother! est un objet bel et bien étrange. L’interpréter au premier degré revient à s’asseoir devant un mauvais film de Terrence Malick : on ne comprend finalement pas l’intérêt. C’est une œuvre qui s’analyse en amont, qui se savoure pendant et qui embrume encore l’esprit les heures qui suivent la séance. Comme un jeu d’énigmes, on cherche à trouver les multiples références pour auto satisfaire son ego d’avoir compris l’esprit génial/torturé d’Aronofsky. Des références bibliques peu subtiles aux quelques références cinématographiques, de Videodrome de Cronenberg pour l’idée de la chair, à Apocalypse Now pour la représentation de la guerre. L’intégralité des catastrophes liées à l’humanité y passe : les effondrements, les inondations, la guerre, la débauche, le fanatisme religieux, les tueries de masse, jusqu’à la destruction de notre habitat naturel… Un concentré à la fois grotesque et spectaculaire, un film cathartique pour recommencer à zéro. Mother! doit être vu pour son fond prétentieux, pour sa forme sans HD avec une caméra mouvante et des plans ultraserrés sur J-Law, pour son travail pointu des sons qui accompagnent crescendo la montée en tension jusqu’à l’explosion climacique. Et surtout, parce qu’on ne va pas toujours au cinéma pour se faire du bien.
 Par Clémentine Pougnet

 

 

Seven Sisters
Réalisé par Tommy Wirkola.
Sortie: 30 août 2017

 

Sept petites filles voient le jour dans un monde surpeuplé où le gouvernement a instauré une politique d’enfant unique. Le bureau d’allocation des naissances ne fait aucune exception, tous les frères et sœurs sont systématiquement endormis et cryogénisés. Pour leur permettre à toutes d’exister, leur grand-père les cache. Monday, Tuesday, Wednesday, Thursday, Friday, Saturday, Sunday sortent chacune leur tour sous l’identité de Karen Settman.

 

Un bon concept qui aurait pu être bien mieux exploité : le film n’a le mérite que de vous faire réviser vos jours de la semaine. L’équipe semble avoir plus misé sur une excellente com que sur le scénario. On vous annonce en effet sur tous les réseaux sociaux que « vous ne devinerez jamais la fin » alors qu’elle est plus prévisible qu’un Disney. Les sept personnages sont des clichés sortis tous droits de mauvaises sitcoms ; le réalisateur a mis des lunettes à l’intellectuelle, une perruque blonde et un crop top à la bimbo, une coupe à la garçonne à la rebelle… Un film qui pique les yeux et irrite le bon goût ou quand écrire une critique donne l’impression de remplir un bulletin de notes catastrophique.

Par Marion Cousseau

 

120 Battements par minute 
Réalisé par Robin Campillo
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Sortie: 23 août 2017.


Scepticisme devant l’envie d’aller voir ce film ou pas: entre nécessité de s’informer sur la lutte contre la maladie du Sida et peur qu’une fois les lumières de la salle éteintes, le réalisateur Robin Campillo nous entraine dans une sorte de voyeurisme mêlé de pathos. Pourtant, le long-métrage évite ces écueils avec brio. Il nous permet de suivre les actions politiques menées par Act Up-Paris, association de lutte contre le Sida créée en 1989, qui a pour but de faire pression sur les responsables politiques pour améliorer l’image et la prise en charge des malades. Il s’inscrit dans les années 1990, dix ans après l’apparition de la maladie, à une époque où l’inaction des pouvoirs publics est flagrante. On s’interroge alors sur la manière de lutter de l’association : est-il légitime de jeter des ballons remplis de faux sang sur les responsables de laboratoires médicaux refusant de livrer les avancées de leurs tests aux membres, pour la plupart séropositifs ? La réponse à cette question est évidente, et c’est cette notion d’urgence qui nous rattrape tout au long du film.

Le réalisateur étant lui-même membre de l’Association depuis 1992 et ayant souhaité faire appel à des acteurs tant professionnels qu’amateurs (recrutés sur Facebook ou en boite de nuit), nous comprenons d’où il tire toute sa justesse. Pas de caricatures, donc, dans ce film délicat, qualifié de nécessaire par de nombreuses critiques, Grand prix du Festival de Cannes et désormais en route pour les Oscars 2018. Malgré des scènes sexuelles explicites, nous sommes très loin d’une réalisation à la Kechiche dans La vie d’Adèle, et malgré cette force déployée dans la lutte, le second temps du film se veut plus intimiste. La narration se focalise sur le parcours de deux personnages : Nathan, nouveau membre de l’organisation, et Sean, séropositif. Pourtant, le rythme n’en est pas pour autant détruit : le titre Smalltown Boy de Bronski Beat et les effets de lumière à la caméra continuent de donner au film toute son énergie.

Par Valentine Bonnaz

 

Le Redoutable
Réalisé par Michel Hazanavicius
Sortie: 13 septembre 2017

 

Pour mettre en scène la vie de Jean-Luc Godard, Michel Hazanavicius joue les bons élèves et livre une prestation convenue tant sur le fond que sur la forme. Pour célébrer l’inventivité du cinéaste de la Nouvelle Vague, le film s’attache dès ses premières scènes à ériger des correspondances symboliques à travers des effets de style malheureusement trop grossiers pour ne pas apparaitre pour ce qu’ils sont. C’est la métaphore du sous-marin le Redoutable, filée à l’occasion d’un reportage radiodiffusé pendant le petit-déjeuner. C’est un dialogue de sourd entre les deux amants dans une salle obscure, par écran de cinéma interposé. Ou encore un autre dialogue sous-titré avec le « fond de la pensée » des personnages. Autant de « trucs » juxtaposés de façon aléatoire, qui échouent à masquer l’absence d’une véritable mise en scène.

Quant au message délivré par le cinéaste, il est à la fois prévisible et éminemment politique. Ou comment Jean-Luc le révolutionnaire utopiste admirateur de Mao aurait « tué » le grand cinéaste Godard, auteur des chefs d’œuvre A bout de souffle ou Le Mépris. Une vision que l’on pourrait qualifier de conservatrice, aussi bien en ce qui concerne le cinéma (un divertissement, un moyen de s’évader d’une réalité parfois cruelle) que dans le domaine politique (la révolution comme idéal d’intellectuels bourgeois, opposée au « pragmatisme » des élites raisonnables et au « bon sens » populaire).

Par Antoine Veschambre

 

Le clash : d’accord/pas d’accord

Ça : Photo Finn Wolfhard

Ça 
Réalisé par Andy Muschietti
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Sortie: 20 septembre 2017

L’avis de Marine Chauvin

Plusieurs disparitions d’enfants sont signalées dans la petite ville de Derry, dans le Maine. Au même moment, une bande d’adolescents doit affronter un clown maléfique et tueur, du nom de Pennywise, qui sévit depuis des siècles. Ils vont connaître leur plus grande terreur…

L’adaptation cinématographique tant attendue du roman à succès de Stephen King est enfin là. Et que dire ? Muschietti impressionne, garde l’esprit sombre de King mais déçoit aussi un peu. Techniquement et esthétiquement, rien à dire, le réalisateur inscrit sa patte au film, avec un choix de lumière particulièrement intéressant, et des scènes très travaillées. Les effets spéciaux sont aussi très élaborés et surtout Pennywise, le clown, inspire toute l’angoisse dont tout coulrophe (oui, oui ça existe) peut rêver. A noter aussi, la performance des jeunes acteurs remarquables, notamment dans les scènes de groupe. Chaque personnage a une vraie histoire et personne n’est sacrifié au scénario.

Mais c’est là le hic, le film révèle vite son manque d’horreur et tombe dans l’excès. Et les scènes les plus intéressantes sont souvent celles de la vie quotidienne où règne parfois une peur banale, triviale mais captivante. C’est avant tout un film qui parle de la confrontation face à nos peurs et du passage à l’âge adulte. Un film d’horreur bon enfant.

L’avis de Miguel Pereira 

Ça est un film brillant. Alors je vous arrête tout de suite. Si ce que vous rechercher, c’est la peur de votre vie, passez votre chemin, ou vous serez bien déçu. Autrement, foncez-y, ce film est génial. N’avez-vous jamais eu peur de quelque chose quand vous étiez gosse ? Peur de visiter le jardin en pleine nuit ? d’aller dans la cave de la maison ? Je dois vous sortir une petite anecdote. Quand j’étais gamin, j’allais souvent jouer avec un ami qui habitait à quelques rues de chez moi. Lorsque j’allais le voir, je devais passer par une rue où se trouvait une maison abandonnée. Je n’aimais pas cette maison. Son portail en ruine, la végétation qui avalait inexorablement la bâtisse, même le trottoir en mauvais état qui se trouvait face à elle, semblait rongé par un mal qui émanait de ce lieu. Je passais alors en pressant le pas, et en fixant ces deux fenêtres oppressantes, prêt à courir au moindre mouvement suspect…

« Ça » ne raconte pas l’histoire d’un quelconque tueur en série, ou d’un démon malveillant en pleine furie sanguinaire. Mais plutôt celle d’une bande de jeunes qui vivent des aventures, loin des grandes brutes de la cour de récré, ou des turpitudes d’une vie adulte désabusée.

Ce film parle de la peur des enfants, le réalisateur nous invite, nous aussi, à avoir peur comme eux, avoir peur d’une maison abandonnée, avoir peur de descendre dans la cave, avoir peur d’un clown. Entre deux scènes de tensions, on retrouve nos jeunes héros dans leur insouciante vie collégienne sous fond d’historiettes amoureuses et de 90s teenage rock. Andy Muschietty réussit à nous parler de cette jeunesse avec une extrême empathie qui fait de ce film un grand bol de nostalgie.

Je ne sais pas vous, mais m’a donné envie de mater Stranger Things tout ça.

 

On dépoussière…

L’affaire Cicéron
Réalisé par Joseph L. Mankiewicz – 1952 

En 1944, Diello sert un ambassadeur anglais à Ankara, en Turquie neutre. Il en profite pour livrer des photographies de documents secrets Alliés à l’Axe et aux nazis sous un nom de code : Cicéron.

« Le contre-espionnage est la plus haute forme de commérage qui soit », tenez-le vous pour dit. Dans l’Ankara neutre des années 40, Joseph Mankiewicz nous emmène valser entre espions et contre-espions, diplomates et comtesses, anglais et allemands. L’Affaire Cicéron, tiré d’une histoire vraie, est un délicieux mélange d’ironie comique et de suspens intense. À priori, on serait bien tenté de dire que l’on ne peut faire un film qui se tienne sur de telles bases tant elles semblent contradictoires. Ça serait insulter notre réalisateur. Je pense sincèrement qu’il existe deux catégories de cinéastes : les cinéastes, et Mankiewicz. Il y a ceux qui ne voudraient pas avoir le cul entre deux chaises; puis il y a Mankiewicz, qui s’en fait un sofa à coup de bricolage. Il y a encore ceux qui excellent dans l’écriture mais dont la polyvalence finit par les enfermer dans leur propre cinéma (coucou Woody Allen); puis il y a Mankiewicz. Les scènes d’amour sont intenses. Les dialogues sont cyniques. On est dans l’âge d’or du film Noir et on le sent bien. À mesure qu’avance le film, l’étau se resserre. L’ironie se fait plus percutante, acerbe. On craindrait presque pour notre peau. Des acteurs parfaits, un rythme tenu d’une main d’orfèvre et une réalisation au service du scénario, surréaliste pourtant vraie.. Si vous aimez les films d’espionnage, L’affaire Cicéron est pour vous. Et quand bien même, si vous êtes tout simplement cinéphile, il vous est urgent de découvrir Joseph Mankiewicz.

Par Joseph Amzallag

Les avis série

How to get away with murder
Créée par Peter Nowalk, 2014-2018

Si vous avez du sang sur les mains, How to get away with murder vous donnera les clés pour sortir sans une égratignure du système judiciaire américain. Peter Nowalk vous emmène sur le parcours d’un groupe d’étudiants dirigés par une avocate sans répit au fil des affaires. Si chaque épisode présente un cas différent, les trois saisons suivent le fil rouge d’une intrigue bien rythmée. Le maniement des flashbacks et des flashforwards crée un suspense parfois intenable.

Les personnages semblent particulièrement travaillés et aucun n’est laissé au hasard. Annalise Keating, professeure de droit et avocate réputée pour son acharnement, est brillamment interprétée par Viola Davis. On retrouve également Alfred Enoch, qu’on avait quitté dans la saga des Harry Potter, dont l’interprétation de Wes Gibbins, un des personnages principaux de la série, est remarquable.

Les trois saisons de How to get away with murder sauront vous tenir en haleine même si au bout de la troisième, le schéma de l’intrigue reste quelque peu redondant. Rendez-vous le 28 septembre pour de nouveaux rebondissements dans la quatrième saison !

Par Lucie Vadé

 

Preacher
Créée par Seth Rogen, Evan Goldberg et Sam Catlin, 2016 –

Je ne suis pas un grand adepte des adaptations de comics en série mais il faut bien l’avouer, Preachersort du lot. La série se base sur l’histoire de Jesse Custer, un révérend en charge des messes d’une église au fin fond du Texas. Scénario pour le moins ordinaire. Mais peu à peu le surnaturel fait irruption, le tout agrémenté d’humour décalé à la Supergrave ou Délire express. Il est plutôt intéressant de voir les producteurs canadiens Seth Rogen et Evan Goldberg sortir du registre comique « puéril » caractéristique de leur filmographie. Le début reste timide mais sait captiver. Le prêtre Jesse incarne un anti-héros charismatique et imprévisible qui à l’aide de ses acolytes Tulip et le vampire Cassidy, part à la recherche de Dieu. Chaque personnage vient renforcer la part de mystère que la série nous offre, tout en jouant sur l’autodérision des comédies loufoques et la dimension épique des comics. La saison 3 étant en ce moment en voie de reconduction, c’est avec hâte que j’attends de voir ce qu’elle nous prépare.

Par Pierre Berthoux

L’équipe de Bobinophile te remercie pour ta fidélité et remercie gracieusement ses très chouettes rédacteurs/rédactrices – les petits nouveaux ou les réguliers – qui ont contribué à la qualité de chaque édition de la Bobinews

 

 

 

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