Du 30 mai au 2 juin, le Bureau des médias s’est enivré au Bar à Podcast de l’European Lab, festival lyonnais de l’association Arty Farty. Micro en main, il a tenté avec Jean-Baptiste Dutoya, co-animateur du podcast Culture 2000 et Silvain Gire, responsable éditorial et co-fondateur d’Arte Radio, d’analyser la « révolution » du podcast.

S’il y a bien quelqu’un pour nous parler du podcast, c’est sûrement Silvain Gire. Arte Radio est pionnière de ce genre que s’arrachent désormais les plate-formes de distribution audio comme Soundcloud, Spotify, Deezer pour ne citer qu’elles. Nés avec internet, les podcasts sont aujourd’hui des espaces de discussion, souvent prisés pour leur facilité d’accès et l’absence de contrainte de temps comme celles de la radio ou de la télévision. Arte Radio, webradio née en 2002, met alors en avant des créations documentaires, fictives, des narrations intimes.

Accessibilité d’un format ou formatage de l’accessible ?

Professeur d’Histoire-Géographie et membre bénévole de l’association Fréquence Moderne, Jean-Baptiste Dutoya, entend vulgariser et politiser la culture générale, le podcast étant une possibilité de toucher de nouveaux publics avec de nouvelles perspectives. « Avoir une lecture politique, c’est un des partis pris de Culture 2000. La culture ne sert pas
juste à être collectionnée, elle sert à appréhender le monde et donc à se forger une opinion »

 

Si le format s’adresse aujourd’hui à un public majoritairement jeune et favorisé, il est potentiellement accessible à tous. Il suffit d’un smartphone nous dit Jean-Baptiste Dutoya.
On comprend alors que le podcast où Benjamin Abitan, dans « La dernière séance », s’empare de son téléphone pour enregistrer son psy qui ronfle et commenter la scène, apparaisse sur Arte Radio. La simplicité pourtant se révèle trompeuse. Les prétendants sont nombreux et peinent parfois à rencontrer leur public. La diversité de l’offre tant sur le fond que sur sa qualité, l’abondance de l’information sur les réseaux sociaux tendent à montrer que comme tout média, le podcast a ses exigences. Si bien que Binge Audio ou Nouvelles Écoutes tendent avec leurs podcasts « La Poudre », « Les couilles sur la table » ou encore « Kiffe ta race » à faire du talk la forme privilégiée du podcast (comprenez une discussion autour d’un micro
sur une thématique).

Arte Radio, pour Silvain Gire, présente un angle différent. Dans le cadre d’European Lab, aux côtés de Olivier Minot, créateur lyonnais du podcast Dépêche !, il présente le goûter d’écoute Arte Radio. Devant une salle attentive, tous deux commentent les podcasts de la webradio dont le public fait la découverte. Surprise, hilare, touchée mais surtout informée, l’audience se montre particulièrement friande des différents sons qui lui sont proposés. Mutation des publics ? Révolution médiatique ? Quelque chose d’essentiel semble se passer devant ce succès.

Subjectiver l’information pour redorer le blason du journalisme ?

Parce que le podcast réaffirme un “je” que la sacro-sainte objectivité journalistique se refuse, parce que le podcast est un espace “safe” que militant.e.s féministes, antiracistes investissent sur le mode de la confession, un tournant semble ici se dessiner. La singularité suffira-t-elle à capter durablement l’audience ? L’universalité qui s’entend dans les récits
individuels, comme aime à la rappeler Silvain Gire, semble le confirmer. Toute la difficulté semble résider dans la concurrence naissante mais réelle sur ce nouveau format. La difficulté de communiquer est importante nous rappelle Jean-Baptiste Dutoya et le responsable d’Arte Radio en appelle lui-même à l’exigence : l’audience ne suffit pas. Elle n’est pas une constante, pas acquise.

Des questions, des doutes sur le monde du podcast ? Vous pouvez entendre ici les entretiens complets menés auprès de Jean-Baptiste Dutoya et Silvain Gire.

Pour retrouver Culture 2000 : http://culture-2000.lepodcast.fr/
Pour retrouver Arte Radio : https://www.arteradio.com/

Par Mathis Grosos

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