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2 JOURS AU FESTIVAL DE CANNES – Partie 2

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Pour le dernier jour, tous les films de la compétitions sont re-projetés dans les salles de l’immense Palais des Festivals. J’ai pu finir mon périple cannois sur ces quatre long métrages. Deux de ces films ont d’ailleurs été dont deux ont été primés par Cate Blanchett et son jury.

 

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Cold War

de Pawel Pawlikowski

Prix de la mise en scène

Ce film nous plonge dans la relation tumultueuse entre une chanteuse polonaise et un compositeur quelques années après la seconde Guerre Mondiale.

Les images sont sublimes et ce n’est pas un petit mot. Le noir est blanc est envoûtant, tout semble en ressortir plus pur et précis, délimité dans ce format carré. Est-il une métaphore de l’incapacité des personnages à vivre heureux ou un pur choix esthétique ? Qu’importe, la beauté n’en est que plus flagrante condensée dans le petit cadre.

Les personnages sont, eux, peu originaux. Autodestructeurs, peu responsables et même cruels parfois, c’est un couple-type que l’on a déjà croisé dans un bon nombre de film. Cependant, le contexte, la Pologne soviétique, nous offre un certain nombre de clefs de compréhension pour appréhender leur mal-être. On ne leur a pas appris à aimer, ni à vivre avec le bonheur. Incapables de le saisir, ils ne le voient pas ou le déchirent. Ils se vengent puis se retrouvent. Leur souffrance est patente et n’a pas de remèdes.

Sans issue

 

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Plaire, Aimer et Courir Vite

de Christophe Honoré

1993. A Rennes un jeune homme rencontre par hasard dans un cinéma un écrivain parisien, Jacques. Ils entament une liaison rapidement compromise : Jacques a le Sida.

Bon clairement je n’adore pas des précédents films de Christophe Honoré. Certains dialogues, très écris, sonnent faux, ses personnages, souvent très égoïstes, m’agacent. Pourtant ce film-là à un charme qu’on ne peut pas lui retirer. Cette fois le réalisateur arrive à créer un vrai lien d’intimité entre ses personnages et les spectateurs. Peut-être parce que le trio d’acteur du film est particulièrement bon. Denis Podalydes a un second rôle très juste. Pierre Deladonchamps, d’une vulnérabilité incroyable, nous émeut malgré un personnage difficile voir vraiment antipathique. Enfin Vincent Lacoste est  surprenant dans ce registre, ce qui lui va finalement assez bien.

La relation de ces deux derniers prend du temps pour se mettre en place. Elle ne semble finalement pas aussi centrale que les façons dont ils vivent leurs sexualités et leurs amours. C’est, pour moi, la vraie question du film et elle est joliment traitée. Cela ne m’a donc pas dérangé, mais peu décevoir dans la mesure où le film est présenté comme l’histoire d’amour de ces deux hommes. La souffrance de Jacques (Deladonchamps) est palpable, notamment lorsqu’elle éclate au détour des notes d’une chanson d’Anne Sylvestre, Les gens qui doutent. La scène de fin reste un très beau moment de cinéma. A vous de la découvrir puisque le film est déjà en salle…

Mélancolique

 

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BlackKklanman

de Spike Lee

Grand Prix

Apres un certain nombre de films un peu dur à digérer, comment ne pas remercier Spyke Lee de nous avoir apporté ce manifeste ? Seventies à souhait, il est pourtant d’une actualité confondante.

Un flic, noir, coupe afro portée fièrement, se fait passer au téléphone pour un extrémiste raciste afin d’infiltrer le KluKluxKlan. C’est sur ce pitch attrayant que Lee a réjouis la majorité de la Croisette. Le réalisateur interroge à travers un beau personnage féminin la légitimité de la violence dans les mouvements comme celui Afro-américain. Une violence en réponse à celle que les personnes racisées vivent tous les jours, comme les humiliations à chaque contrôle de police et les insultes qui traînent dans les couloirs.

Les dialogues sont maniés à là perfections et certaines conversations téléphoniques sont clairement tordantes. Pour autant il n’hésite pas à entrer dans le grave avec le très beau montage parallèle d’un meeting black power et d’une réunion secrète du KKK. Cette scène fait fondre immédiatement les sourires, tout comme la fin du film, qui se clôt sur les images du rassemblement fasciste de Charlottesville l’année dernière. Car il faut aussi rester vigilant, surtout aujourd’hui, ce que les allusions à Trump rappellent régulièrement. La défaite des méchants de « l’Organisation » n’en est que plus satisfaisante. Pour une fois que le manichéisme est bienvenu, ne nous en privons pas !

Jouissif

 

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Under the silver lake

de David Robert Mitchell

Un jeune homme par à la recherche de sa voisine disparue, parcourant ainsi Los Angeles et toutes les références pop culture possibles et inimaginables. Très attendu, le réalisateur de It Follows revient sur la Croisette avec un nouveau thriller, dont l’ambiance, très inspirée de David Lynch, avait tout pour intriguer.

Au premier abord, l’histoire semble limpide. Sauf que le réalisateur y rajoute un grand nombre de complications. Un tueur de chien, une femme chouette, un roi des clodos, un pirate borgne, des star-escorts, pas mal d’animaux : des putois, des coyotes, des perroquets… Ça vous parait beaucoup ? Ça l’est encore plus au bout de 2h20 de film.

Le film ne gagne pas tout ses paris. Cela tient certainement à la difficulté de marier angoisse et humour : l’alliage doit être  parfaitement mesuré pour que l’un ne prenne pas le pas sur l’autre. Le risque est aussi que la mayonnaise ne prenne pas du tout. C’est un exercice d’équilibriste qui là fonctionne moyennement. Les ressorts comiques lassent au bout d’une heure, ne reposant que sur les mimiques et autres poses de Andrew Garfield. Est-ce là une façon de cacher un manque de talent ? Je vous laisserai en juger par vous-même.

Soyons clair : cet univers fourre-tout à des réussites. Certains passages fonctionnent vraiment, crispant à souhait,  d’autres surprennent. L’humour est efficace dans la première partie du film. Mais il est long, c’est peut-être là son grand défaut. Les codes et les mystères s’emmêlent, les situations se répètent, un peu artificielles, si bien qu’on ne sait plus parfois ce que le personnage cherche et pourquoi. La fin perd ainsi énormément en intensité et l’on ne comprend pas vraiment ce que le réalisateur veut nous dire.

Flop

 

 

Pour clôturer ce diptyque, je regrette d’avoir loupé une paire de film. Burning de Lee Chang Dong a été très applaudis. Girl de Lukas Dhont, qui a reçu la caméra d’or, raconte la douloureuse transition d’une jeune femme trans. En Guerre de Stéphane Brisé, un manqué qui va être vite réparé puisque le film est déjà en salle et enfin le Don Quichotte de Terry Guilliam bien sur, lui aussi sorti au cinéma. Sans oublier Climax de Gaspar Noé, typiquement le genre de film qui donne l’impression d’être sous acide pendant 2h, une expérience souvent intéressante. La liste des films à voir n’a pas finie de s’allonger…

 

 

Par Violette Chalier

2 JOURS AU FESTIVAL DE CANNES – Partie 1

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Le Festival de Cannes, ce fascinant fourmillement d’images, d’histoires et de stars m’a paru longtemps inaccessible. Cette année pourtant, le délégué général du festival, Thierry Frémaux, a annoncé la création d’une accréditation pour les 18-28 ans. Valable du 17 au 19 mai, elle donnait accès aux sélections de la compétition officielle et Un Certain Regard. Plus de 2 000 personnes en ont bénéficier, et je suis l’une d’entre elle.

 

 

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Donbass

De Sergeï Loznitsa

9h30, mon accréditation autour du cou, j’entre dans la salle. C’est le premier film que je vois, il a ouvert mercredi 9 mai la sélection Un certain regard.

Mi-fiction, mi-documentaire, le film est un enchaînement de séquences sans lien narratif. Il dresse le portrait du Donbass, une région ukrainienne en guerre avec la Russie.

Comment dire… Un peu raide comme film ? Aucun élément de contexte n’est présenté, ce qui est très déconcertant. Sans informations, ni clefs de compréhension, il faut avouer que l’on se sent un peu perdu pendant la première demi-heure. Non pas que les choses s’arrangent par la suite, mais il faut avouer que la société qui nous est montrée est tellement perturbante, tellement étrange que le dépaysement est total. Pourtant, une fois accepté ce manque de repères, on ne s’ennuie pas.

La violence sèche, qu’elle soit physique ou sociale, est partout dans cette région. Le réalisateur Sergei Loznitsa nous y confronte rudement. Je dois avouer ne pas avoir détesté l’expérience – parce qu’à ce niveau-là, c’est une expérience. Etre bousculée dans son confort de spectateur.trice n’était pas désagréable pour commencer ce périple cinématographique qu’est Cannes.

Aride

 

 

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Rafiki

De Wanuri Kahiu

Premier film kenyan de l’histoire du festival. Premier film tout court pour sa réalisatrice, sélectionnée à Un certain regard. Il raconte l’histoire d’amour entre deux jeunes filles dont les pères s’affrontent pour le poste de député régional. Les deux jeunes actrices nous entraînent avec elles et donne au film une belle énergie.

La mise en scène comporte quelques défauts, comme une certaine pudeur dans la façon de filmer les scènes d’amour et de violence qui amoindrie un peu leur intensité. De même certains plans, s’ils duraient quelques secondes de plus en seraient d’autant plus forts. Toutefois on peut considérer que ce sont des détails qui accompagnent souvent les premières réalisations, et cela n’empêche pas de reconnaître le talent certain de la cinéaste.

La scène d’ouverture est particulièrement réussie, notamment grâce à son générique. Elle nous plonge immédiatement dans l’ambiance du film et nous permet de découvrir le Kenya sans ce regard un peu condescendant et misérabiliste que l’on peut poser en tant qu’occidental.e sur l’Afrique en général. Le récit dynamique nous entraîne et nous montre bien plus que l’homophobie qui infuse la société keynésienne. Lutte sociale, confrontation de classes, religion omniprésente… Les obstacles sont nombreux mais l’optimisme est là, battant. Tant qu’aucune ne renoncera à leur promesse mutuelle de vérité et de liberté, l’espoir est permis. Un film essentiel dont les couleurs et le soleil nous restent bien longtemps après avoir franchi les portes du cinéma.

Lumineux

 

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Une affaire de famille

De Kore-Eda Hirokazu

Palme d’Or 2018

Les Palmes d’Or qui sont rarement les films les plus marquants de la compétition et j’avoue avoir été souvent déçue par le palmares. 120 battements par minute, Mia Madre ou Toni Erdmann ont fait l’unanimité auprès de la quasi-totalité des spectateurs sans recevoir LA palme.

Et bien pour une fois, je suis tout à fait heureuse de celle-ci ! De tous les films que j’ai pu voir, Hirokazu Kore-Eda la méritait amplement. Le portrait de cette famille d’adoption nous offre des moments de grâce absolue. La réalisation accompagne ses acteurs avec une grande délicatesse. Elle les sublime sans tape à l’œil, nous faisant les observateur.trice.s discret.e.s de leur quotidien un peu défectueux et attendrissant.

Les personnages, subtilement interprétés, s’aident à vivre les uns les autres. Une grand-mère ne veut pas vieillir seule et partage son toit à une jeune femme échappée de son foyer familial, à un couple bancal, un garçon trouvé dans une voiture et une nouvelle venue, une enfant battue par ses parents. Tous sont attachants, avec leurs grands défauts et leurs défaites. Malgré le lourd passé de chaque personnage qui pourraient amener très vite au pathos, Kore-Eda signe un film d’une finesse extraordinaire, loin des a priori que l’on pourrait avoir sur la société japonaise. La peur, l’envie, la lâcheté et les traumatismes se cachent derrière les rires et les secrets.

Ce qui frappe, c’est la bonté que leur offre le réalisateur. Pas seulement aux rôle principaux mais à tous ceux qui traversent un instant le champ de la caméra, comme ce propriétaire d’épicerie à qui les enfants viennent dérober de la marchandise. Le rôle de la mère est particulièrement beau. Celle-ci se découvre, en sauvant la toute petite, un amour dont elle ne se croyait pas capable. Une tendresse folle qui s’infiltre peu à peu dans la salle et nous en fait ressortir touché.e.s.

En plein cœur

 

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A genoux les gars

De Antoine Desrosières

Yasmina a sucé Malik, le copain de sa soeur, sous le regard et la caméra de Salim. Elle est prise au piège, la vidéo pouvant être diffusée n’importe quand.

Ce petit film français revendiqué féministe nous embarque là où les filles sont manipulées, culpabilisées et objectivées, bien sûr sans qu’aucun consentement soit de mise. Vient l’heure du retour de bâton.

En nos temps de « libération de la parole des femmes » comme on dit, il n’est pas étonnant que ce film ait été sélectionné a Un Certain Regard. En ne reposant presque qu’exclusivement sur la tchatche de ses quatre acteurs et actrices principaux.ales, le film fatigue à la longue tant ce débit de parole semble ne jamais s’arrêter. Il est du reste sympathique, fait franchement rire mais n’a pas non plus l’étoffe de la sélection. La situation finale passe à côté de la jubilation du spectateur avec un dénouement qui met beaucoup de temps à se mettre en place.

Bien tenté

 

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El Angel

de Luis Ortega

Je l’annonce : c’est mon coup de cœur de ce festival !

Ce film argentin est basé sur des faits rééls, l’ascension d’un voleur et assassin d’une vingtaine d’années  dans le Buenos Aires de 1971. La bande son est absolument excellente et particulièrement bien utilisée par le réalisateur Luis Ortega, qui fait atteindre grâce à la musique des sommets d’intensité. La tension est maîtrisée de bout en bout, qu’elle soit générée par les cambriolages périlleux effectués par Carlito ou par son attirance assumée-réprimée pour son partenaire de crime, Ramon.

Cette homosexualité toujours sous-jacente donne au film une sensualité assez stupéfiante dans la mesure où elle ne se concrétisera jamais. Il n’y a pas une seule scène de sexe entre les deux héros, ce qui est rare au cinéma aujourd’hui. Ici, un coup d’œil vaut 20 scènes d’amour. Les plans s’attardent sur un regard ou une bouche, faisant naître un désir aussi ostentatoire qu’étouffé. Le film joue de ce contraste et montre que Carlito n’est pas aussi libre qu’il le prétend en ouverture du film. Le malaise réside dans ce déni et le feu n’a d’égale que la froideur avec laquelle il est capable de tuer deux bougres endormis.

Le désabusement de Carlito est d’un charme fou et provoque un certain nombre de décalages savoureux. Le film coupe le souffle par moment. Il surprend, par une émotion qui éclot sans qu’on l’attende ou par l’impulsivité du personnage. Puissant sans être épuisant, ce qui est une qualité après une journée d’images non-stop, le dernier plan est formidable…

Revigorant

 

 

 

Par Violette Chalier

Et si on prenait nos rêves pour des réalités ?

Les utopies… on les croyait mortes, les revoilà sur le devant de la scène.

Thomas More dans son Utopie lançait en 1516 un appel pour sauver l’humanité en perdition. A sa suite et après les désillusions successives (guerres mondiales, civiles, régionales, génocides dans plusieurs parties du monde) du XXème siècle, Rutger Bregman et  Raphaël Glucksmann proposent de revisiter l’utopie, pensée comme un pouvoir de transformation de la société.

Sortir du fatalisme et de l’impuissance dans laquelle l’humanité serait plongée depuis « la fin de l’histoire », en finir avec les « avant c’était mieux, et demain sera forcément pire » tel est l’objectif de Bregman dans son ouvrage « Utopies réalistes ».

Le pari n’était pourtant pas gagné : après la victoire de Trump, symbolisant le recul des droits des femmes, des minorités, le climato-scepticisme (etc), et d’Orban, incarnant la répression presque totalitaire à l’égard des réfugiés, la multiplication des séries dystopiques (Black Mirror ou the Handmaid’s Tale, qui donnent une vision bien pessimiste voire cruelle de ce vers quoi pourraient évoluer nos sociétés), la montée de l’euroscepticisme en Europe, la condamnation à l’extinction du dernier rhinocéros blanc mâle du Nord, affirmer que croire en des utopies peut légitimement nous apparaitre, pour jouer sur les mots, comme utopique.

Bregman face à ce constat, nous propose d’analyser l’utopie en s’appuyant sur des expérimentations concrètes réalisées avec l’aide d’économistes réputés. Nous faisons ainsi face, selon lui,  à de nouvelles utopies, qui sont accessibles et réalistes, visant à produire des idéaux et à dessiner de nouveaux horizons collectifs. Il y a ainsi nécessité à se retourner contre le fatalisme, et à affirmer que oui, on peut lutter contre la pauvreté efficacement, oui on peut sortir les gens de la rue, mais que pour autant nous avons conscience de ne pas vivre dans un monde de bisounours, irréaliste, irénique.

A l’appui de Bregman, l’essayiste Glucksmann souligne qu’on a – trop – longtemps souffert de l’absence d’idées neuves. La gauche française en effet, se place depuis des décennies dans une posture d’opposition, participant ainsi au délitement du camp progressiste et à l’absence de renouvellement dans le champ des idées. Comme si les idées de solidarité entre les peuples et les classes avaient disparues. Or, il y a nécessité de discuter ces idées, du langage employé.

Pour Bregman, “if we want to move on, we have to be unrealistic”. Il prend pour défendre sa thèse le revenu de base, qui peut paraitre très « mainstream » mais tout sauf utopique. Le revenu de base, rappelons-le, est « un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement ». Le revenu de base est ainsi non pas une faveur attribuée à un tel, mais un droit, celui de donner à chacun l’opportunité de faire ce qu’il souhaite dans sa vie et de sa vie. C’est le droit de démarrer une nouvelle vie, de refuser la dépendance économique envers un mari.  Le revenu de base nous procurerait ainsi une nouvelle liberté, en nous offrant la capacité de prendre des risques.

A la critique que font certains opposants au revenu de base universel sur l’idée que cela ouvrirait des dérives et que les bénéficiaires ne s’en serviraient pas pour leur propre bien, Bregman y oppose l’argument suivant : ce que l’on sait et selon les témoignages qu’ils soient historiques, scientifiques, ou autre, c’est que la majorité des gens sont plutôt de belles personnes. Ce qui pose problème est la vision, par nature pessimiste, que nous avons sur la nature de l’homme en général. L’homme ne serait pas foncièrement mauvais selon Bregman… Il est même plutôt bon.  Il nous raconte une expérience menée à Londres en 2011 : 13 personnes sans domicile fixe ont reçu 3.000 livres sterling.  Contrairement à l’idée qu’ils s’en seraient servis pour acheter de l’alcool, des clopes ou de la drogue, l’expérience a révélé qu’ils s’étaient en fait révélés économes et qu’à la fin, 7 SDF sur 13 avaient un toit sur leur tête et qu’ils s’étaient reconnectés avec leurs familles et enfants.

  • Constat : cela a du sens sur le plan économique et financier puisque cela revient cher à la société de laisser des gens dans la rue. Eradiquer la pauvreté et faire disparaitre la misère sont des investissements qui paient.

Pour Glucksmann, le revenu minimum universel doit aller de pair avec un nouveau contrat social. Le problème global qu’il identifie est que nos démocraties ne produisent plus de sens, il n’y a plus d’horizon collectif, nos systèmes politiques ne produiraient plus de progrès ni de sens.  On aurait ainsi construit des sociétés de solitude, dans lesquelles la liberté individuelle est certes acquise, mais qui fait naitre la peur, celle de l’autre, et nous conduit à ériger des barbelés autour de nos villes et villages aujourd’hui fermés. Glucksmann nous urge à nous inscrire dans une dimension collective. L’élection de Trump ne serait-elle pas l’aboutissement logique des évolutions d’une société, basée de plus en plus sur le repli de soi et la perte des valeurs qu’elles soient familiales ou collectives ? Il nous manque de dépasser notre propre individualité, vers plus de citoyenneté.

“Everyone has a role to play… talking is doing”. Bregman et Glucksmann nous rappellent dans cette conférence – sorte de bouffée d’air pleine d’optimisme – qu’il faut se réapproprier les utopies, ne plus croire la vision, fausse, des firmes multinationales nous donnant l’impression de ne plus maitriser notre propre destin. Martin Luther King n’a jamais dit “I have a nightmare” mais “I have a dream”. Dans cette course-contre-la-montre qui constitue aujourd’hui nos vies, cette distorsion des liens entre les êtres de plus en plus grande, il nous appartient de se regrouper, de se structurer pour porter des idées, combattre la solitude et l’isolement dans laquelle, plus ou moins volontairement, nous nous emmurons.   Produire notre propre vision des choses. Construire nos propres utopies, prendre nos rêves pour des réalités, pour faire de nos rêves des réalités.

 

Stéphanie Vy

European Lab x BDM : Dimitris Alexakis

Photo de Dimitris Alexakis

 

Dimitris Alexakis anime à l’heure actuelle un espace de création artistique (allant du théâtre, à la création sonore en passant par des documentaires) depuis 2012. Cet espace, le KET ou  TV Control Center («  l’Atelier de réparation de télévisions ) se trouve au cœur de la crise dans le quartier populaire d’Athènes, « Kypseli ». Il est aussi écrivain pour le théâtre, anime un blog à la croisée de la littérature et de l’intervention politique et intervient fréquemment sur le Club Mediapart.

Par ses actions, Dimitris Alexakis nous permet de comprendre l’importance du contexte social, économique et politique grec après la crise de 2008 et son inéluctable impact sur la culture. A travers une réflexion sur les différentes formes politiques et d’accession au pouvoir, Dimitris Alexakis présente une société grecque (et plus largement européenne) en pleine résistance.

Voici le lien vers son blog : https://blogs.mediapart.fr/dimitris-alexakis/blog/120418/accueil

Interview menée par Léa Ottone, régie orchestrée par Joséphine Dignat

European Lab x BDM : Cagan Tchane Okuyan

À 27 ans, Çagan Tchane Okuyan a passé la moitié de sa vie entre Paris et Istanbul. Né à Adapazari, une petite ville à 2 heures à l’Est d’Istanbul, il est un mix d’orient et d’occident. Arrivé en France dans le but d’étudier, il se plonge dans le cinéma et le graphisme par lesquels il exprime son identité métissée. Aujourd’hui il vit et travaille en tant que visual-artist entre Paris et Istanbul.

C’est en hommage à son son grand-père, chef kebab depuis plus de 60 ans, qu’il lance aujourd’hui son projet de livre photos The Kebab Project, un périple entre Paris, Berlin et Istanbul à la découverte de l’âme des kebabs et des kebabiers.

Cagan Tchane Okuyan nous pale du « Kebab Project », à la découverte de l’âme des kebabs et kebabiers, et revient sur le kebab comme symbole du cosmopolitisme européen.

Interview de Cagan Tchane Okuyan :

Interview menée par Yanis Sicre, régie orchestrée par Léa Ottone

European Lab x BDM : Raphaël Glucksmann

 

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Raphael Glucksmann Notre Europe

 

Raphaël Glucksmann est philosophe et essayiste, auteur notamment de Notre France – Vivre et aimer ce que nous sommes (2016). Il s’intéresse à l’actualité au Rwanda et en Tchétchénie et co-fonde l’association Etudes Sans Frontières en 2007, pour venir en aide aux étudiants des pays en guerre. Plus récemment, il se rend en Ukraine soutenir la Révolution Orange et réalise un documentaire.

En 2017, il devient chroniqueur dans l’émission Questions politique sur France Inter et rédacteur en chef du Nouveau Magazine Littéraire, dont le numéro du mois de mai consacre tout un dossier intitulé Ils réinventent l’Europe.

Venu à l’EuropeanLab parler des utopies européennes et de l’avenir de l’Europe, il anime une conférence en compagnie de l’historien et journaliste néerlandais Rutger Bregman Utopies réalistes : prenons nos rêves pour des réalités et une discussion sur l’avenir de Notre Europe avec Camille de Toledo.

Raphaël Glucksmann a accepté de répondre à nos questions. Il revient sur la situation de notre Europe actuelle, à bout de souffle et perdue entre les logiques économiques et la montée des nationalismes. Résolument optimiste, il dresse le tableau d’un futur possible pour une Europe plus ouverte, solidaire et progressiste.

Interview de Raphaël Glucksmann :

Interview menée par Julienne Ribes, regié orchestrée par Violette Chalier