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Par Adrian Guillot

-6 Juin 2013-

BOUM… Edward Snowden révèle des milliers de documents concernant la manière dont les services de renseignements et notamment la NSA collectent et surveillent les données sur toute la terre, à la manière d’un Big Brother oppressant. C’est du moins l’idée qui semble s’être installée au sein de l’opinion publique, avec les titres chocs parus dans la presse au lendemain de ces révélations. Mais vit-on réellement dans un monde où tout le monde est constamment surveillé ? Le journaliste d’investigation Jean Marc Manach vient démonter cette vision de surveillance de masse déclenchée par une paranoïa généralisée.

 

Journaliste indépendant, pionnier du « datajournalisme », réel envoyé spécial sur le web, Jean-Marc Manach travaille notamment sur les questions de surveillance et de vie privée.

Ses interventions dans le cadre d’un « Do Lab » au sein de l’European Lab portaient sur la  communication dans l’ère post snowden, avec un atelier sur les questions de sécurité en ligne et la façon de communiquer sûrement dans un monde numérique de plus en plus surveillé. Ces ateliers étaient accompagnés d’une autre conférence concernant la manière dont Internet a révolutionné le métier de journaliste et tous les nouveaux outils du data-journalisme.

 

Concernant le 6 juin 2013, le journaliste explique d’abord qu’il existe clairement un avant et un après Snowden qui se traduit à la fois par une inversion de la paranoïa : avant l’on traitait de paranos ceux qui s’intéressaient justement à ces services de renseignement et à cette surveillance supposée, après les révélations « tout le monde se croit espionné par la NSA » et deviennent eux même paranoïaques. Au point d’intégrer cette surveillance et de s’autocensurer ? C’est ce que craint, à long terme, la journaliste Julia Angwin. L’avant et l’après Snowden se traduit également par un changement chez les géants du web (GAFAM) qui se sont mis à chiffrer de manière plus importante leur données pour sécuriser les utilisateurs.

Ce qu’a cependant apporté les révélations, c’est la théorie du « three hopes », c’est-à-dire que les cibles pouvant être surveillées par les services de renseignement ne sont pas les seules mais ceux en contact avec les cibles (one hope), ceux qui sont en contact de ceux qui sont en contact avec les cibles (two hope) et ceux en contact avec ceux qui sont en contact de ceux qui sont en contact avec les cibles (rien que ça…) peuvent potentiellement être aussi espionnés.

 

Le journaliste a également appuyé le fait que les problèmes rencontrés parfois sur le net sont en réalité des PEBKAC (Problem Exists Between Keyboard And Chair), et que la faille est plus souvent dans l’humain que dans l’ordinateur.

Il existe tout de même aujourd’hui des moyens pour les personnes « lambdas » de se sécuriser et à défaut d’avoir son quart d’heure de gloire, avoir son quart d’heure « d’anonymat ». Par exemple, des moteurs de recherche ou des messageries sécurisées dont les données ne sont pas accessibles facilement. De même le journaliste a conseillé une chose simple : à la place de changer sans arrêt de mot de passe, il vaut mieux avoir des « phrases de passe » qui sont bien plus sûres.

 

 

Concernant le journalisme d’investigation en ligne maintenant, Jean-Marc Manach a raconté des enquêtes qu’il avait pu mener dans sa carrière. Notamment une assez étonnante, récemment, concernant Strava, une application mobile utilisée pour enregistrer des activités sportives via GPS. Cette application est utilisée par des militaires et également par des employés de la DGSE, les services de renseignement français. Ainsi de fil en aiguille le journaliste a pu trouver 25 personnes de la DGSE dont on pouvait décliner l’identité, leurs adresses et autres très facilement, ce qui cause un certain problème de sécurité… (voir https://twitter.com/Loopsidernews/status/979640744926437376).

Mais l’enquête dont Jean-Marc Manach se dit le plus fier est l’apport aux migrant files que lui et des collègues ont réalisé en gérant et collectant des données illisibles sur le nombre de morts aux frontières et les conditions des décès pour en faire une carte avec les nombres précis. Depuis l’ONU et l’OIM s’en servent et réactualisent les données chaque année pour enfin se rendre compte et agir en conséquence. « Donner de la réalité une image à partir de laquelle l’homme peut agir », cette définition du journalisme d’investigation de Walter Lippmann en 1922 dans Public Opinion sied donc toujours à merveille, parfaitement d’actualité, à l’heure du data-journalisme.

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