Le week-end dernier a vu converger plusieurs mobilisations sociales : environnement, revalorisation du pouvoir d’achat, réforme des institutions… Chaque manifestant avait ses raisons de descendre dans la rue, faisant grossir une mobilisation protéiforme et parfois hétérogène. 

« Pas de planète B » peut-on lire sur les panneaux des manifestants. (Crédits : Tristan Dereuddre).

Samedi, 10h, la place Jean Macé se remplit peu à peu pour la 3e Marche du climat organisée depuis le mois de septembre. Les deux marches précédentes, en septembre et octobre, avaient réuni environ 15 000 personnes à chaque fois. Mais cette fois, le contexte est bien différent. La crise des « Gilets jaunes » semble avoir pris le pas sur les considérations écologiques. Le gouvernement a clairement déconseillé à la population de se rendre aux marches pour l’environnement organisées un peu partout en France, de crainte que le nombre des manifestations ne tende davantage encore le climat social. Le trajet, qui devait initialement aboutir place des Terreaux a d’ailleurs été modifié, à la demande des autorités. Un organisateur prend la parole au mégaphone pour donner des consignes de sécurité qui résonnent étrangement. « Nous voulons rappeler que cette marche doit être 100% non-violente. C’est important dans le contexte actuel ». 

« On assiste à un véritable réveil écologique » (Maxime Forest, membre de « Alternatiba »).

La manifestation s’élance le long de l’avenue Jean Jaurès. (Crédits : Emilie Spertino).

Maxime Forest, 25 ans, fait partie du collectif Alternatiba qui a organisé la manifestation. « Nous voulons peser dans le débat de la COP24 qui s’ouvre en Pologne. Il y a eu plusieurs électrochocs depuis quelques mois : la démission de Nicolas Hulot, le rapport du GIEC… On assiste à un véritable réveil écologique » explique-t-il. Pour lui, « pas de profil type du manifestant » et, de fait, la foule est bariolée. Moins de familles que lors des deux précédentes marches, mais beaucoup d’étudiants et de militants.

« On veut bien donner notre argent, à condition qu’il serve l’écologie et notre avenir » (une jeune agricultrice en gilet jaune).

Parmi les manifestants, beaucoup ont revêtu un gilet jaune, manière de rappeler le mot d’ordre de la marche : « Fin du monde, fin du mois, même combat ». Deux jeunes agriculteurs nous expliquent les raisons de leur présence : « on veut un avenir. On aimerait que les choses s’arrangent, que le gouvernement comprenne que l’écologie, c’est l’avenir, et que c’est la solution pour notre avenir à nous aussi ». Pour eux, il n’est « pas contradictoire » de se mobiliser contre la hausse de la taxe carbone et pour l’environnement : « c’est l’écologie avant tout : le pouvoir d’achat doit passer par l’écologie. Tout est relié. On veut bien donner notre argent mais à condition que ce soit pour notre avenir, donc pour le climat ». 

Gilets jaunes et climat, même combat ? (crédits : Emilie Spertino)

La manifestation se déroule dans une ambiance bon enfant et les slogans se succèdent : « les petits pas, les petits pas, ça suffit pas ! » ou encore « et 1, et 2, et 3 degrés, c’est un crime contre l’humanité ». Mais, très vite, le climat n’apparaît plus comme l’unique point de ralliement. Au détour d’un carrefour, une trentaine de Gilets jaunes débarquent dans le cortège sous les applaudissements des manifestants. On assiste alors à quelques scènes surprenantes comme ce cycliste qui fraternise gaiement avec un Gilet jaune à moto, illustrant une forme de convergence des mobilisations. Les organisateurs de la marche discutent beaucoup avec les leaders du groupe de Gilets jaunes. À une dizaine de mètres du cortège, les CRS restent attentifs. 

10 000 manifestants présents à la marche pour le climat, en légère baisse par rapport aux deux précédentes (chiffres donnés par les organisateurs).

Des étudiants s’agenouillent en référence à l’interpellation de Mantes-la-Jolie. (Crédits : Tristan Dereuddre).

Composite et bigarré, ce cortège alterne slogans environnementaux et revendications sociales. Image forte lorsque plusieurs dizaines d’étudiants s’agenouillent au sol, mains sur la tête, mimant l’interpellation collective de 150 lycéens à Mantes-la-Jolie la semaine dernière qui a tant fait réagir la classe politique.

 

 Arrivés au pont de la Guillotière, un Gilet jaune crie « Les Gilets jaunes, rassemblement ! » tandis que la marche pour le climat prend le chemin des quais pour des prises de parole au son de « Bella ciao » ainsi qu’un « clapping » final. Les manifestants se dispersent dans le calme tandis que les Gilets jaunes se rassemblent pour « l’acte IV » de leur contestation. Si tout était plutôt relativement calme en début d’après-midi du côté de Guillotière (voir vidéo), la situation s’est tendue entre la place Bellecour et la rue de la République aux alentours de 17h. Gaz lacrymogènes et lancers de projectiles étaient de la partie.

« L’acte V » des Gilets jaunes est d’ores et déjà annoncé pour samedi prochain, avec cette fois, l’Hôtel de ville, pour ligne de mire. 

Emilie Spertino et Tristan Dereuddre. Noé Largeron pour la vidéo.

 

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