Cette année 2019 a encore été un grand cru pour le rap français qui n’a jamais été aussi diversifié, prolifique et écouté. Et même s’il est encore trop tôt pour le dire, 2019 a été une année charnière pour le rap, peut-être avec 2015 l’une des années les plus importantes du rap français. 2019 a en effet vu la sortie d’albums de poids lourds du rap français, de projets d’artistes montants dont on attendait beaucoup mais également de jeunes rappeurs qui se sont révélés. Alors parmi tous ces artistes, lesquels sont parvenus à se distinguer ? 

J’ai décidé de sélectionner les albums qui m’ont le plus plu tout en essayant de piocher dans différents sous-genres du rap français. Ce classement est donc purement personnel même si j’ai essayé d’être le plus objectif possible.

 

5) OMEGA – OBOY

OBOY est un jeune rappeur de 22 ans, originaire de la région parisienne. Après la sortie de son EP intitulé « Southside » en 2018, dans lequel des sons comme « Nuit » ou encore « Cobra » ont démontré l’étendue de son potentiel, il décide de sortir son premier album « OMEGA » dans la foulée un an après. 

Et l’album est une réussite. En effet, que ce soit dans les thèmes abordés, dans les flows ou dans les prods, l’album est cohérent et nous montre les deux faces du rappeur : l’une, plus sombre avec des sons très clouds traps comme « Wu-tang » ou « Massa » ; l’autre plus festive avec des sons comme « Roots » et « Je m’en tape » en feat avec Aya Nakumura & Dopebwoy. On retrouve cette dualité à travers la pochette de l’album où l’on voit OBOY oscillant entre d’un côté l’ombre et les vices, et de l’autre la lumière et le succès. 

Les influences musicales dans OMEGA sont nombreuses et même revendiquées par l’artiste : à la fois à Ateyaba ou à Josman dans la manière un peu nonchalante de rapper mais aussi à certains rappeurs américains notamment sur « 200 », un son qui dans les vocodeurs utilisés fait penser à un certain rappeur de Houston. Pour un premier album, OBOY a donc fait fort et mérite amplement son titre de Rookie de l’année.

 

4) Les Etoiles Vagabondes : expansion – Nekfeu

Nekfeu fait sans conteste partie des rappeurs ayant marqué la décennie 2010. Que ce soit à travers ses projets de groupe avec 1995, l’Entourage, le $Crew ou bien en solo, le rappeur parisien est pour beaucoup dans la démocratisation du rap en France. Nekfeu a ouvert la voie non seulement à ses potes de l’Entourage (Jazzy Bazz ; Deen Burbigo ; Alpha Wann) mais aussi à un nouveau genre de rap incarné par des rappeurs comme Lomepal ou encore Roméo Elvis. Ses deux albums « Feu » et « Cyborg » sont des références dans le rap français, si bien que pour beaucoup, il serait impossible de déterminer un top des albums de rap français de la décennie sans mentionner l’un des deux. 

Après quasiment 3 ans d’absence en solo, Nekfeu dévoile le 6 juin son troisième album intitulé les Etoiles Vagabondes. En proposant le même jour une séance unique au cinéma qui retrace la genèse de l’album, Nekfeu sort le grand jeu et les chiffres en attestent : 100.000 entrées sur une séance unique, quasiment disque d’or après une semaine et sans vente physique, l’album a à ce jour (21 décembre) dépassé les 438.000 exemplaires et pourrait faire disque de diamant avant la fin de l’année. Certes les ventes ne sont pas gages de qualité mais elles prouvent la hype suscitée par le retour du fenek. Pour couronner le tout, une nouvelle version de l’album nommée « les Etoiles Vagabondes : expansion » sort le 21 juin et complète la première avec 16 nouveaux sons. 

Cet album est donc un projet dense réunissant 34 sons, dans lesquels Nekfeu montre toute sa panoplie musicale alternant entre des sons de kickage purs et durs, des sons plus mélancoliques ou plus engagés et des sons mélangeant les trois. On reconnait la patte Nekfeu dans le soin accordé à l’écriture des textes mais également dans les nombreuses références à la culture pop (Malcolm, Hunter x Hunter etc.) et à des sonorités étrangères provenant entre autres d’artistes japonais, afro-américains ou grecs qui ont collaboré avec Nekfeu sur le projet à travers soit des prods ou soit des featurings. Ces influences sont d’ailleurs très bien décrites dans son film où l’on voit qu’avant d’être un fan de rap, Nekfeu est avant tout un fan de musique au sens large. Si certains sons de l’album sont très bons voire excellents (Ciel noir ; Rouge à Lèvres), d’autres en revanche le sont moins et ternissent quelque peu l’ensemble. Les featurings très attendus avec Damso et Némir m’ont un peu laissé sur ma faim. 

Les Etoiles Vagabondes est un des meilleurs albums de l’année. Néanmoins, seul le temps nous dira si ce projet parviendra à s’imposer en tant qu’incontournable comme l’ont fait avant lui « Feu » et « Cyborg ».

 

3) Radio suicide – Makala

« Radio suicide » est le 1er album du rappeur suisse Makala et le moins que l’on puisse dire c’est que le projet détonne dans le bon sens du terme. Il n’y a qu’à voir la pochette de l’album pour comprendre à quel point Makala ne fait rien comme tous les autres rappeurs. 

Alternant sans cesse entre rap, funk, trap & disco au fil de l’album, le rappeur des XTRM BOYZ refuse de se voir enfermé dans une case, la faute à des prods toutes plus variées les unes que les autres. La participation de Varnish La Piscine à travers les prods mais aussi en featuring sur certains sons amène des influences faisant penser à Tyler, The Creator et à son collectif de Los Angeles Odd Future. Makala arrive cependant à créer son propre personnage : un rappeur à la fois authentique, parfois narcissique mais surtout dégageant une forme de charisme que l’on n’a pas forcément l’habitude de voir dans le rap francophone. L’album comprend 21 sons – ce qui pourrait être préjudiciable pour certains artistes – mais est très bien rythmé et s’avère même être court pour quelqu’un avec une panoplie musicale aussi large que Makala. Les visuels des clips de l’album (BIG BOY MAK ; Goatier) sont sublimes comme à l’habitude des XTRM BOYZ, qui accordent une attention toute particulière à l’image.

« Radio suicide » est un vent de fraîcheur sur le rap francophone et un coup de projecteur sur la scène rap genevoise qui ne fait que grimper. En plus de dégager une énergie folle dans leurs sons, les XTRM BOYZ le font également sur scène. A écouter et à voir impérativement.

https://www.youtube.com/watch?v=OitN5-JGbE0&t=16s

 

2) Paradise – Hamza

Après le succès de son projet « 1994 », on attendait le saucegod au tournant avec son nouvel album « Paradise » et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas déçu. En effet « Paradise » est non seulement selon moi meilleur que 1994 mais c’est aussi l’un des tous meilleurs albums de 2019. Les prods sont pour la plupart excellentes (« 50x » ; « Audemars shit ») et collent parfaitement à l’univers musical de Hamza qui emprunte des influences à la fois rap et RnB avec une utilisation fréquente mais impeccable de l’autotune qu’il maitrise à la perfection. Les artistes en featuring sont également très bien choisis et apportent une vraie plus-value sans que cela ne vienne éclipser les autres chansons de l’album. La connexion Hamza / Christine & the Queens / Oxmo sur minuit 13 est aussi improbable qu’incroyable tout comme celle entre le saucegod et SCH sur HS. Avec « Paradise », Hamza démontre qu’il est devenu un rappeur incontournable du rap francophone. 

Avant de dévoiler mon album préféré en 2019, je voulais adresser des mentions honorables aux albums « Taciturne » (Dinos), « Rooftop » (SCH) et « Cicatrices » (Zola) qui complètent les premières places du classement. Ce sont de très bons albums qui auraient très bien pu figurer dans le top 5 d’autres personnes.

 

1) Deux frères – PNL

C’est donc « Deux frères » qui occupe la première place de ce classement des meilleurs albums de rap FR en 2019. Mais quel album sérieusement !

Que ce soit dans les prods, dans les flows, dans les clips ou dans la communication autour du projet, Deux Frères dégage une sensation de maîtrise comme on en a rarement vu dans le rap français. Et les chiffres sont hallucinants : 113.000 ventes sur la première semaine, soit le meilleur démarrage d’un album de rap français depuis la prise en compte du streaming, preuve que les fans ont répondu présent.

En plus d’être un succès commercial, « Deux Frères » est d’une grande qualité. Ademo et N.O.S ont réussi à se renouveler et à proposer des choses différentes de ce qu’ils étaient habitués à faire sur leurs précédents albums, avec des prises de risques payantes. On peut notamment penser à des sons comme « Menace » ou « Shenmue » qui sont des vraies réussites mais aussi des sons comme « Autre monde » ou le magnifique « La misère est si belle » dans un registre plus intime et personnel. Les prods de l’album – notamment sur « Déconnecté » qui est mon son préféré de 2019 – sont monstrueuses et contribuent à installer une atmosphère cloud dans laquelle PNL excelle. 

Cet album est pour moi un chef d’œuvre qui permet aux deux frères de se hisser tout en haut du rap français et de prouver une nouvelle fois qu’ils sont les artistes incontournables de la décennie 2010. 

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