« tombées du mauvais coté de la fracture numérique »

11201919_426270647551363_5353384611992955300_nFin 2013, le Monde publiait un article intitulé « Les Élites débordées par le numérique » écrit par Laure Belot. Cet article allait mettre le feu aux poudres numériques et faire couler beaucoup d’octets par la suite. Laure Belot a d’ailleurs prolongé sa réflexion dans un livre paru il y a quelques mois, intitulé « La déconnexion des élites« . Dans son article, Laure Belot décrivait donc les élites françaises comme étant, je cite Vincent Glad, « tombées du mauvais coté de la fracture numérique », surprises par un mouvement d’innovation qu’elles n’avaient pas su prévoir. Les élites et les hommes politiques ne comprendraient pas ou ne souhaiteraient donc pas voir les changements sociaux induits par la montée en puissance de l’économie numérique.

Si les exemples de ce décalage sont nombreux (un magistrat qui ne connait pas google, un ministre qui croit avoir rencontré les dirigeants d’internet), beaucoup d’observateurs ont cependant très vite critiqué l’article et remis en cause le propos de l’auteure. En quelques mots, on peut regrouper ces critiques en deux parties: d’une part on a reproché à Laure Belot son optimisme béat envers les nouvelles technologies, digne d’un néophyte qui enchaîne les lieux communs. D’autre part certains ont vu dans son article une sorte de programme implicite de reconquête du numérique de la part de ces élites traditionnelles.

Outil d’Empowerement

European-Lab-vendredi-81Pour débattre de ce thème, nous avons reçu Erwan Kezzar qui est cofondateur de simplon.co, une école qui permet notamment à des jeunes qui ont décroché du système scolaire de suivre une formation accélérée de six mois au code informatique) et Tariq Krim fondateur de Netvibes et JoliCloud qui a remis un rapport consacré à l’état de la filière numérique en France à Fleur Pellerin lorsqu’elle était ministre de l’économie numérique.

Très vite, nos invités ont souligné à quel point le numérique pouvait être un outil d’empowerment pour ceux qui s’en saisissent. Ils ont souligné la nécessité d’avoir une formation technique – même de quelques jours – aux principes élémentaires du code informatique et au fonctionnement d’un site internet car les connaissances techniques permettent d’appréhender les enjeux sociaux de l’économie numérique, ils ont donc tous les deux plaidé pour une véritable formation universelle aux humains numériques.

De la culture numérique vers une nouvelle façon de concevoir l’entrepreneuriat

P1050591En effet, pour Tariq Krim, les développements récents dans le domaine de l’intelligence artificielle menacent davantage les emplois de cols blancs que les emplois de cols bleus, il est en effet simple d’effectuer des tâches complexes routinières avec des algorithmes. Ce constat renforce donc la nécessité d’une formation aux enjeux d’internet pour les élites. Tariq Krim a notamment repris une analogie du « second half of the chessboard » qui avait été proposée par R. Kurzweil.

Pour Erwan Kezzar, le numérique peut ainsi être un véritable enjeu de cohésion socio-économique. Tous deux ont aussi insisté sur la pertinence de l’approche bottom up en matière d’entrepreneuriat en France. Pour Tariq Krim la France n’a pas un problème de talents: ils sont là, il faut faire en sorte que la France retienne ses jeunes entrepreneurs. Pour cela, les élites économiques et politiques doivent rompre avec une politique inefficace basée sur des champions nationaux qui sont aujourd’hui dépassés. Le management des grandes entreprises doit aussi être repensé dans le sens d’un organisation plus horizontale afin de favoriser les initiatives individuelles. Enfin, Tariq Krim a insisté sur la nécessité pour le continent européen de redevenir un espace de production industrielle tourné autour de l’internet des objets.

Jean Antoine

Par Jean-Antoine

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