Mardi matin, une conférence a été organisée par les membres de lassociation féministe de Sciences Po Lyon : le Collectif Pamplemousse. Rendue obligatoire pour tout-e-s les premières années, elle conditionnait aussi la participation au WEI (weekend dintégration prévu du 27 au 29 septembre, organisé par le BDE).

Les intervenantes étaient une jeune femme membre de l’association Keep Smilling, Aya, venue informer les jeunes sur la santé sexuelle, la prévention liée aux risques des drogues et de lalcool ; et Marie Krumpe Quarré de lassociation Collectif Féministe Contre le Viol. Il s’agit d’une association qui existe depuis 1985 et qui permet aux femmes victimes de viol de se confier par téléphone et même d’être aidées pour d’éventuels procès. Le CFCV propose aussi des formations sur les violences sexistes et sexuelles.

 

VIOLENCES SEXUELLES : COMMENT LES DÉFINIR ? QUELLES SANCTIONS ?

Tout lenjeu de cette intervention était de faire comprendre ce que sont réellement les violences sexuelles. Pour cela, Mme Krumpe Quarré a bien précisé que les violences sexuelles sont à distinguer très nettement de la sexualité, cette dernière étant « un rapport avec une personne qui est dans le rapport ». Les violences sexuelles ont plusieurs visages, et une mise au point a été faite sur tous les aspects que cette notion pouvait revêtir. De la définition du consentement à celle du viol en passant par le harcèlement et les agressions sexuelles, rien na été laissé au hasard pour clarifier certaines situations. En sappuyant de manière très précise sur les articles de loi se rapportant à ces violences sexuelles, Mme Krumpe Quarré a démontré comment ces trois grands types de violences sexuelles étaient sanctionné dans la justice française, et comment certaines circonstances aggravantes pouvaient peser sur la balance au moment du jugement.

En clair, la loi définit le viol comme « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. » (Article 222-23 du code pénal), mais le problème de cette définition est quelle ninclut pas la notion de consentement, pourtant centrale dans la question des violences sexuelles. Par ailleurs le type de sanctions, et les modalités associées ont été abordés en distinguant les contraventions des délits et enfin des crimes.

Pour que les étudiant-e-s assistant à cette conférence distinguent bien la différence entre les trois grands types de violences sexuelles, un « exercice de requalification » a été proposé. Ainsi, iels savent désormais que même des actes qui peuvent leur paraître insignifiants ou « drôles » ne sont pas à prendre à la légère et sont, de fait, punis par la loi.

 

DES ACTES PARFOIS MAL IDENTIFIÉS ET POURTANT TRÈS RÉPANDUS.

Cet exercice soulève aussi dautres enjeux et problématiques de notre société. Savons-nous vraiment définir le viol ? Savons-nous le reconnaître ? Car à bien des égards, le viol est bien plus répandu quon ne le pense, et cest le message transmis lors de cette intervention.

Une vidéo courte a été diffusée durant laquelle on observe une scène gênante et qui pourtant parait presque banale car tirée de la vie quotidienne. En effet le titre de cette vidéo est assez révélateur : « je suis ordinaire ». Elle vient rappeler que dans la grande majorité (90%) des cas, les personnes victimes de viol connaissent leurs agresseurs. Et dans cette vidéo, cela est dautant plus vrai quil sagit dune femme violée par son propre conjoint ; on est loin du « cliché » du viol qui aurait lieu « dans une ruelle sombre » comme le précise Mme Krumpe Quarré.

Il est donc crucial de savoir définir le consentement, savoir si la personne ressent un « grand oui » pour reprendre ses paroles.

Cette frontière du consentement est assez floue pour certaines personnes et lon constate cela lorsque lon jette un œil aux chiffres alarmants des viols commis en France. « Une femme est violée toutes les six minutes » cela représente «  86 000 femmes majeures violées chaque année ». De plus, il est à noter que les mineur-e-s sont le plus souvent touché-e-s. Autres chiffres très préoccupants donnés lors de cette réunion : 96% des violeur-se-s sont des hommes, 66% des viols sont commis sur des mineur-e-s, et seulement 12% des victimes portent plainte.

Comment venir à bout de ce fléau ?

 

QUAND LA DOMINATION VA TROP LOIN, CULTURE DU VIOL : COMMENT SE DÉTACHER DE NOS PRÉJUGÉS ET POURQUOI NOTRE VOCABULAIRE EST IMPORTANT.

Pour venir à bout des violences sexuelles, il faut revoir nos mentalités, nos modes de pensée et de perception de lautre. En effet comme le rappelle Mme Krump Quarré : si les viols sont si répandus en France cest parce que nous vivons dans une société où règne la domination, les préjugés, la sexualisation abusive. Et la « culture du viol » ne fait quaggraver cette situation car elle se retrouve dans toutes nos activités, ancrée dans des choses auxquelles nous ne portons plus vraiment dattention mais qui contribuent à alimenter une perception stéréotypée de la femme. Ainsi dans les films, les publicités, les chansons, mais surtout dans le milieu festif, la sexualisation est omniprésente et en devient étouffante. En montrant aux étudiant-e-s des images qui ont bercé leurs enfances, Mme Krumpe Quarré a voulu pointer du doigt le fait que des choses peuvent nous apparaître banales alors quelles contribuent sans cesse à conditionner notre perception de la femme, et de son prétendu « rôle » : Blanche Neige, La Belle au Bois Dormant, ou encore le mythe du crapaud qui se transforme en prince.

La question de la publicité et de « lhumour » a aussi été abordé. Peut-on rire de tout ? Quand lon regarde certaines affiches de soirées étudiantes, la réponse nous parait très claire.

Si pour certain-e-s cette « culture du viol » dans les films, publicités, chansons et affiches ne sont pas vraiment alarmantes, les conséquences quelles peuvent avoir sur notre perception lest beaucoup plus. Ainsi la présidente de lassociation a évoqué de nombreux cas où des violences sexuelles ont été « excusées », « justifiées » par certaines personnes. Comme lorsque le scandale « Weinstein » a explosé, avec les mouvements MeToo et BalanceTonPorc qui ont suivi, certain-e-s ont considéré que les actrices « devaient sy attendre » en se rendant dans une chambre dhôtel. Ou plus grave : « 40 % des Français-es estiment que la responsabilité du violeur est atténuée si la victime a été provocante » « 27% si elle portait une tenue sexy ».

Pour que ce genre de situations ne se reproduise plus, il faut donc revoir complètement nos jugements, nos manières de nous exprimer. Aussi un point de vocabulaire et de langage sest imposé : ne pas « avouer » avoir été violé-e mais plutôt « confier », ne pas dire « elle sest faite violée » mais préférer « elle a été violée ». De ce fait, la victime nest plus le sujet ; un détail qui a de limportance. Cessons de tergiverser et désignons les choses comme elles sont, et nommons les agresseurs plutôt que les victimes, voilà ce quil fallait retenir de cette intervention.

 

TOUS-TES CONCERNÉ-E-S. COMMENT AIDER ?

Enfin, la formatrice pour le CFCV a tenu à rappeler que nous sommes tous-tes concerné-e-s par les violences sexuelles, que nous pouvons, à travers notre langage, notre culture, créer un environnement plus sain pour tout-e-s. Et cela passe aussi et surtout par lespace public : tout le monde devrait pouvoir être libre de se balader à nimporte quelle heure et dans nimporte quelle tenue, sans que notre genre nous en empêche car le danger serait trop important. Cest pourquoi cette atmosphère oppressante que peuvent ressentir les femmes les incite à rester chez elles alors que, comme le signale Mme Krumpe Quarré « cest pourtant le premier lieu des violences ». Cest donc pour permettre aux femmes de se sentir plus rassurées lors des soirées et autres événements festifs que le CFCV a réalisé une affiche « 11 conseils pour ne pas être violée en soirée », qui rappelle à chaque fois « ne violez pas ». Cependant, la formatrice déplorait le manque dintérêt des hommes pour ce sujet. Le CFCV est aussi à lorigine dune campagne « ici les femmes festoient sereines » : le collectif forme, en outre, des organisateur-ice-s de soirées afin que la « tolérance » envers des agressions sexuelles cesse.

Malheureusement, avant darriver à ce stade, il nous faut surtout pouvoir réagir et aider lorsquune violence sexuelle se produit. Avoir les bons réflexes, les bonnes paroles, autant de comportements qui peuvent réellement changer le cours des choses. Cela devait être donc être abordé avec les étudiant-e-s. Enfin, une chose importante que Mme Krumpe Quarré a voulu faire passer lors de cette matinée : « les victimes de violences sexuelles ne sont jamais responsables, coupables ».

Méline Pulliat

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