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A l’ombre de la culture : Ce que la culture n’est pas

 

Par Capucine Buri

 

A l’occasion du forum Europeanlab, et de la conférence « La culture, moteur des villes futur ? » qui s’y est tenue, nous nous proposons de déterminer ce qu’est la notion nébuleuse de « culture ». Ou plus exactement, déterminer ce qu’elle n’est pas.

 

La tendance actuelle est à « s’intéresser à la culture », à « aimer l’art », à affirmer se sentir « sensible au Beau ». Ces termes, dans la diversité qui les caractérise, viennent pourtant à être enfermés au sein de l’unique concept qu’est « la culture ». Celle-ci bénéficie d’une valorisation particulière dans les esprits aujourd’hui. On utilise ce terme constamment, à tort et à raison, ce qui conduit à éloigner le terme « culture » de sa signification initiale. Le terme perd de son essence par l’utilisation abusive que l’on en fait. Victime du processus de mythification que Barthes décrit dans ses Mythologies, le sens du mot a progressivement régressé en forme, et laisse ainsi place à l’usurpation du terme régulièrement observée. Lors de la conférence ont été abordées par les intervenants ces nombreuses dérives dans l’appropriation de ce terme.

S’il n’est pas pertinent d’enfermer un concept plurivoque dans une définition statique, on se propose plutôt ici d’en dessiner ses contours et de tracer les ombres qui l’entourent. Il s’agit de définir ce que la culture « n’est pas », afin de la mettre davantage en lumière.

René Magritte - La trahison des images (1929) LA County Museum of Art

Magritte, La Trahison des images   1929

 

La culture n’est pas une marchandise.

« Quand j’entends le mot culture, je sors mon carnet de chèques ». Lorenzo Marsili, auteur et activiste politique, débute son intervention en faisant référence à cette transformation que Godard a fait de la célèbre déclaration de Goebbels : « Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver ». Celle-ci n’illustre malheureusement que trop bien l’idée que Marsili évoque : une image à laquelle beaucoup ont tendance à penser aujourd’hui en entendant parler de culture. L’art a récemment acquis une valeur financière exceptionnelle, et la culture est maintenant un facteur extrêmement important d’attractivité économique. Mais cette focalisation lucrative a conduit à une instrumentalisation de la culture dans l’unique but de servir l’économie.  La culture se juge actuellement à ses « retombées », au prix d’un artiste sur le marché, aux scores des expositions. Il paraît peu pertinent d’utiliser des critères exclusivement quantitatifs pour juger de l’intérêt d’une production, ou plutôt d’une sensibilité d’un artiste. C’est pourtant l’orientation des mesures qu’avait imaginées Augustin Girard, figure des recherches sur la culture dans les années 70, pour développer les politiques culturelles en France. Marsili dénonce sa démarche qui créa une véritable « administration basée sur des données quantitatives ».

Cette vision d’une nécessaire rentabilité de la culture domine aujourd’hui la politique chinoise. Le plan quinquennal chinois à l’œuvre actuellement établit des objectifs qui paraissent paradoxaux pour régir le domaine de la culture, étant donné qu’ils se focalisent sur des indicateurs de performance. Le gouvernement chinois veut transformer la culture en produit.

 

La culture n’est pas propriété de l’Etat.

« Le problème, c’est qu’en Chine, la production culturelle se fait dans un environnement, où culture = Etat », selon Marsili. L’ensemble des intervenants de la conférence n’a pu qu’appuyer ce constat, tout en exprimant la volonté de désinstitutionnaliser la culture. Il est nécessaire de rapprocher la culture des citoyens, qu’elle s’inscrive dans une échelle géographique plus proche, celle de la ville notamment, souvent évoquée par les intervenants. Il faut que la société civile puisse être à l’initiative des projets culturels et que l’Etat nation, qui n’a ni la légitimité, ni la possibilité de les gérer, cesse l’attitude monopolistique qu’il adopte de la gestion et la décision en matière de culture. Les tensions ne font que croître entre les décideurs de la politique culturelle des villes et les citoyens dans les quartiers qui s’emparent de projets et se dotent d’une compétence culturelle propre. L’association amsterdamoise Night Mayor a institué un poste de « maire de la nuit » dans la ville, qui a pour projet de redynamiser la vie nocturne en réponse à l’obstruction progressive qui caractérise l’activité nocturne de la ville. Les projets d’appropriation d’espaces urbains en espaces libres pour la culture des jeunes foisonnent. Enter the Void, think tank européen et projet international entre les villes d’Amsterdam, Berlin, Budapest et Riga, milite par le biais de l’établissement d’un dialogue effectif entre des urbanistes, des milieux associatifs et des élus. Il a vocation à fournir des conseils sur la manière d’améliorer l’accès des jeunes acteurs à l’espace urbain pour des manifestations culturelles informelles.

 

La culture n’est pas un luxe.

Elle n’est pas « bourgeoise », « réservée à une élite », la culture n’est pas accessoire. Ces qualificatifs sont autant de préjugés que l’on entend constamment et qui décrédibilisent le caractère pourtant primordial de la culture au sein de la société. La culture est facteur d’intégration, de cohésion sociale, de construction identitaire. Dounia Benslimane, fondatrice de Racines, association marocaine pour la culture, le développement, la promotion des industries culturelles et créatives en Afrique, entend éveiller les consciences au rôle fondamental que peut jouer la culture en terme de construction identitaire. Le slogan de l’association : « La culture est la solution », fera sourire les plus pessimistes, mais Dounia Benslimane dément le caractère utopiste que ceux-ci attribueront à cette assertion. Elle milite pour remédier à la faiblesse d’implication de l’État en terme de politiques culturelles par le biais notamment, d’un plaidoyer innovant que sont les « Etats généraux de la culture », organisés par l’association au niveau national en 2014 et en 2016. La lutte que Dounia entend combattre vise à ce que les pouvoirs publics envisagent enfin la culture comme pouvant constituer un réel vecteur de démocratie et de développement humain, social, et qui détient également un potentiel économique remarque que le gouvernement ne prend pas en compte.

Face à une culture locale et une identité détruites, la culture est aussi la solution. Et pour preuve : Christchurch, petite ville néozélandaise victime des conséquences économiquement désastreuses d’un tremblement de terre en 2010, se sert de la culture comme d’un levier pour travailler cette reconstruction, et pour que la ville puisse rebondir. C’est d’ailleurs la société civile qui est à l’origine de ces processus artistiques et culturels qui naissent pour reconstruire la ville, avec le soutien de l’ONG locale Gap filler, qui propose à des artistes de mettre en place des expérimentations artistiques et culturelles dans l’espace public au sein de la ville, contribuant ainsi à un réinvestissement concret et positif de ces zones détruites.

 

La culture n’est pas ni une dépense à rationaliser, ni à négliger

Il est évident que si l’on considère la culture comme une fonction mathématique à optimiser, toutes les prémisses d’initiatives culturelles individuelles, n’étant pas « rentables » en termes économiques, viendront à disparaître. Ella Overkleeft, co-fondatrice de la fondation des Maires de la Nuit, est particulièrement affectée par la menace qui pèse sur ces espaces alternatifs de la victoire d’une conception normative qui distingue une « haute culture » d’une « basse culture ». Sans aucun doute, cela conduirait à la fusion incohérente d’une diversité extrême de composantes qui édifie la richesse de la culture nationale. Ella Overkleeft assigne avec amertume le statut de victime de cette volonté aberrante d’optimisation économique à la contre-culture active berlinoise. Les quartiers « underground » et les squats berlinois, dans lesquels fourmillaient quantité de projets artistiques et qui faisaient l’apanage de la ville pendant les années 90, ont pour l’immense majorité été fermés, faute de rentabilité. Mais de quelle rentabilité peut-on se prévaloir pour parler de culture ? La rentabilité de la culture n’est pas financière. Des villes comme Berlin ou Amsterdam sont en train de se transformer, selon un modèle néolibéral, en des métropoles « culturelles et artistiques » dont le rayonnement est international et qui disposent d’un budget extraordinaire pour la culture. Mais où va cet argent, lorsque l’on voit que des artistes sont contraints de quitter, voir de détruits des quartiers qu’ils ont eux-mêmes construits et dans lesquels ils créaient, pour que ceux-ci soient transformés en zones industrielles et commerciales, économiquement plus fructueuses ? La culture possède un intérêt autre que celui strictement économico-économique. Elle est un incubateur démocratique, sa rentabilité est éducative, sociale, patrimoniale. La culture ne doit par conséquent pas être lésée dans l’allocation des budgets de l’Etat.

La culture est aujourd’hui elle-même victime du concept schismatique qu’est l’appropriation culturelle. Appliqué à la culture, ce concept entendrait désigner l’accaparement du terme « culture » par une culture dominante et institutionnalisée, qui constituerait une forme d’oppression et de spoliation. C’est exactement le phénomène qui est à l’œuvre, alors que sur un bloc de pierre que serait le concept de culture, on voudrait à peu à peu poncer toutes les « impuretés » que seraient ses composantes minoritaires ou dissidentes, dans le but de parvenir à un ensemble lisse et dénué de toute disparité.

Rendez donc à César ce qui appartient à César, et à la société civile ce qui appartient à la société civile. Qu’importe si c’est utopique : laissez l’humain s’extraire de cet étau institutionnel, laissez-le s’exprimer, expérimenter, créer !

 

 

European Lab x BDM : Jean Marc Manach

Jean-Marc Manach est journaliste d’investigation indépendant, pionnier du « datajournalisme », un réel envoyé spécial sur le web qui travaille notamment sur les questions de surveillance et de vie privée. Il est l’auteur d’une BD, « Grandes oreilles et bras cassés » et de deux livres : La vie privée, un problème de vieux cons ? et Au pays de Candy, enquête sur les marchands d’armes de surveillance numérique.

Il est également co-auteur d’une Contre-histoire de l’Internet pour Arte, d’un Cash Investigation sur le Business de la peur, a été rédacteur en chef du Vinvinteur sur France 5 et a contribué à la web-série #What The Fact pour France 4.

Ses interventions au sein de l’European Lab portaient sur Communiquer dans l’ère post Snowden, avec un atelier sur ces questions de sécurité en ligne et la façon de communiquer sûrement dans un monde numérique de plus en plus surveillé. IL animait une autre conférence concernant la manière dont Internet a révolutionné le métier de journaliste et les nouveaux outils du data-journalisme.

Il a accepté de répondre à nos questions lors d’une interview où il revient sur ses différents travaux de journaliste d’investigation sur le net, il nous apporte son point de vue sur les révélations Snowden et la supposée « surveillance de masse ».

Interview réalisée par Adrian Guillot et régie Joséphine Dignat

Rétrospective : European Lab (Arty Farty), Sciences Po Lyon et RSP forment RadioLab2015

Rétrospective : European Lab (Arty Farty), Sciences Po Lyon et RSP forment RadioLab2015

Du 13 au 15 mai 2015, a eu lieu la 5ème édition de European Lab, le forum dédié aux politiques culturelles et urbaines qui a lieu en marge des Nuits Sonores. RSP (Radio Sciences Po), avec Sciences Po Lyon, était partenaire et proposait RadioLab. Le concept ? Un plateau radio, 14 étudiants de l’IEP, des pros du secteur culturel et numérique, un contenu podcasté et éditorialisé en temps réel ! Préparé sur plus de 8 mois, offrant un aller-retour innovant entre la riche communauté universitaire de Sciences Po Lyon et l’intégration territoriale et européenne du projet European Lab, le projet Radio Lab a été un prototype réussi de la pédagogie étudiante de demain. Permettant aux étudiants de rencontrer des professionnels du secteur et de se confronter à la pratique journalistique, tout en gardant une exigence quant à la mobilisation de leurs savoirs en sciences sociales, Radio Lab s’inscrit dans une démarche d’interconnexion croissante entre les écoles et leurs territoires. Le partenariat ne s’est malheureusement pas installé dans la durée, car nécessitant non seulement une ambition commune mais également des éléments moteurs des deux côtés institutionnels. Notre recommandation est celle de l’incorporation de partenariats de ce type directement dans le syllabus des formations à portée professionnalisante (programmes de Master). Redécouvrez les contenus produits durant les 3 jours de forum ci-dessous. Les hyper-liens mènent vers une présentation détaillée du sujet par l’étudiant en charge :

Mercredi 13/05 :

Lucile Arnould : Apprendre le code ou briser les codes ? Animation d’un débat avec OLIVIER TOMAT (Imaginove – FR), MATHILDE AGLIETTA (Simplon.co – FR), HELEN TEELING (The Whisky Bond & TAKTAL – UK), DAMJAN KOKALEVSKI (City Creative Network & Skhopje Creative Hub – MK).

Philippine Orefice : Immigration – Quand l’Europe ne peut plus fermer les yeux sur une réalité en voie de la dépasser. Animation d’un débat avec CORINA SUTEU (FilmETC – RO). En collaboration avec WeReport et le Journal international.

Corentin Fabregue : Y’a plus de jeunesse ! Réalisation d’un sujet. Plateau avec LUDIVINE BANTIGNY (Historienne – FR), EMELINE JERSOL (Le Boulon – FR) et MYKHAILO GLUBOKYI (IZOLYATZIYA – UA).

Anne FrançoiseL’économie de la culture et ses enjeux contemporains: exemple du financement et de l’entrepreneuriat culturel. Réalisation d’un sujet. Plateau avec Steven Hearn, Thérèse Lemarchand et Sébastien Paule.

Julie Freudenreich : Quel management pour la création ? Réalisation d’un sujet. Plateau avec THOMAS PARIS (Auteur – FR) et LUCA BERGAMO (Culture Action Europe – BE-IT).

Jeudi 14/05 :

Pauline Gauthier : Le culte de l’amateur. Réalisation d’un sujet. Plateau avec ANAÏS LORA (Creative Roots – DK) et DAVID WIBBELER (Frappant – DE).

Cynthia Torosjan : Des bits de la toile au musée. Réalisation d’un sujet. Plateau avec MARIE DU CHASTEL (Kikk Festival) et MIRAGE FESTIVAL CREW.

Jean Antoine Zagato : L’économie collaborative: révolution du partage ou marketing de crise ? Réalisation d’un sujet.

Jean Antoine Zagato : Les élites débordées par le numérique. Animation d’un débat avec TARIQ KRIM (Jolicloud – FR) et ERWAN KEZZAR (Simplon – FR).

Charlotte Suhit : Quel kit de survie pour protéger sa vie en ligne ? Réalisation d’un sujet. Plateau avec Invités :
JOANNE MCNEIL (Auteur – US). Diffusion d’une interview de MARTIN UNTERSINGER (LeMonde – FR) réalisée à Paris.

Bastien Perroy : Devenir open source – Richard Stallman l’interview. Réalisation d’une interview de RICHARD STALLMAN (Free Software Foundation – US).

Vendredi 15/05 :

Guillaume Dürr : Interview – Poor but sexy with Agata Pyzik. Réalisation d’une interview de AGATA PYZIK (Auteur – PL).

Arthur Carbonnaux : La curation par algorythme est-elle le nouveau selector ? Animation d’un débat avec JULIA BONACORSI (Université Lyon II – Elico – FR), FREDERIKE KALTHEUNER (Centre Internet & Human Rights – DE).

Maud Couillault : Soundwalk Collective en interview. Réalisation d’une interview de STEPHAN CRASNEANSCKI
(Soundwalk Collective – FR).

Anne Gisclon : 2007-2015 – Etat des lieux de la démocratie 2.0. Animation d’une table ronde avec JELENA NESIC (Resonate & Democratic Transition Initiative – RS).

Julie Freudenreich : Interview de Agata Kolacz. Réalisation d’une interview de  AGATA KOLACZ (Head of Foreign Affairs | NInA | Pologne).

Le réseau universitaire de Sciences Po a notamment été mobilisé pour accompagner les étudiants dans leur démarche au sein du Lab et proposer un regard extérieur sur les thématiques développées sur place. Plusieurs entretiens ont été réalisé et sont disponible sur RSP :

La communication politique/publique et le Web – Françoise Paquienséguy :
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Internet est-il un ressort de vitalité pour la démocratie participative? Après un rapide point sur la situation du « web politique » depuis 2004 et l’influence des campagnes présidentielles de Barack Obama, candidat 2.0 par excellence, Mme Paquienséguy a répondu à cette question soulevant plus d’une controverse. Pourquoi un tel engouement pour Internet ? Les médias de communication pèsent-il sur l’opinion publique ? Le web peut-il soutenir la mobilisation politique, ou faut-il craindre le contraire ? Retrouvez toutes les réponses à ces questions dans un interview passionnant, guidé par l’accent chantant du sud.

Mobilités partagées – Maxime Huré :
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Du vélopartage au covoiturage, les dispositifs relevant de l’économie collaborative en matière de transport se développent de manière exponentielle ces dernières années et poussent les acteurs historiques du secteur à revoir leurs stratégies.
Avec Maxime Huré, nous revenons sur l’historique de ces dispositifs et essayons de vous apporter des clefs d’analyse sur l’essor de ces dispositifs. Sont-ils seulement une réponse à la crise ou marquent-ils un changement plus profond et durable en matière de transport ? Du futur de la voiture individuelle au profil des usagers , vous saurez tout (ou presque) sur les dispositifs alternatifs en matière de mobilité.
Vous pourrez retrouver une partie de cet entretien durant la première journée de Radio Lab entre 12h20 et 12h40, dans le cadre de l’émission « L’économie collaborative: Révolution du partage ou marketing de crise? »

La politique d’immigration européenne – Anouk Flamant :
anoukflamant

Près de 3000 morts déclarés depuis janvier dernier, et une question qui reste en suspens : comment contrer les drames qui se sont multipliés ces dernières semaines en pleine Méditerranée ?
Aujourd’hui la question de l’immigration est au cœur du débat européen. Pour nous éclairer sur le sujet nous avons accueilli Anouk Flamant. Enseignante à l’Institut d’études politiques de Lyon, Anouk Flamant a travaillé sur la question du vote, de l’intégration des étrangers et des migrations. Elle a notamment soutenu une thèse en décembre dernier sur les politiques municipales d’intégration des étrangers depuis 1981 dans les villes de Lyon, Nantes et Strasbourg. Phénomène complexe et ancien, l’immigration illégale est difficile à appréhender. Après avoir vu les politiques mises en œuvre au sein de l’Union européenne à ce propos, nous avons essayé de comprendre pourquoi une telle réticence du vieux continent à ce sujet, dont témoigne notamment la montée de partis d’extrême droite dans de nombreux pays européens.

Réalisations complémentaires :

Espace Euro-méditérannée – Interview Sylvie Guillaume (député européenne) :

sylvieguillaume

Nous sommes également allés interviewer Sylvie Guillaume, député européenne, sur le sujet de l’espace euro-méditérranée. Comment connecter les jeunesses ? Quel rôle pour le numérique ? Quelle mobilité pour les acteurs et les cultures ? Autant de questions qui sont désormais dans les mains de l’Europe et plus uniquement des états nations. A l’heure où les naufrages en méditérannée se multiplie, la question d’une émulation d’une véritable région « euro-méditerranée » est désormais incontournable. On en discute avec la député européenne, sans langue de bois, dans un exercice de perspective intéressant.


La protection de la vie privée en ligne – Interview Martin Untersinger (journaliste au monde) :

martin untersingerCharlotte est allé rencontrer Martin Untersinger dans le cadre de son sujet « kit de protection de la vie privée en ligne » pour RadioLab ! Journaliste au pôle Pixels, Martin est chargé des impacts du numérique dans la société : surveillance, vie privée, politiques publiques du numérique, « cyber » guerre, « cyber » sécurité… Il nous parle de la loi sur le renseignement actuellement débattu à l’assemblée nationale et notamment de ses nombreux mécanismes comme les boîtes noires chez nos FAI.


Le communiqué de presse de fin de lab (photos d’étudiants).
Deux sujets portés par des étudiants évoqués par Simplon.

Un merci spécial à Martijn Pineau pour son suivi attentif du projet et la bannière du partenariat.
Un merci spécial à Yanis Sicre pour la réalisation du magnifique logo du partenariat.
Un merci renouvelé à Charles Dufresne de la part de tout les étudiants.
Enfin un grand merci à Arty Farty et à la direction de Sciences Po Lyon, particulièrement Monsieur Renaud Payre, ainsi que ses universitaires pour nous avoir fait confiance dans la mise en place de ce beau projet.

Etudiants ayant pris part au projet : Lucile Arnould, Philippine Orefice, Corentin Fabregue, Anne Françoise Clair, Julie Freudenreich, Pauline Gauthier, Cynthia Torosjan, Jean Antoine Zagato, Charlotte Suhit, Guillaume Dürr, Arthur Carbonnaux, Maud Couillault, Anne Gisclon et Bastien Perroy.

Les élites débordées par le numérique #EUROLAB2015

Les élites débordées par le numérique #EUROLAB2015

« tombées du mauvais coté de la fracture numérique »

11201919_426270647551363_5353384611992955300_nFin 2013, le Monde publiait un article intitulé « Les Élites débordées par le numérique » écrit par Laure Belot. Cet article allait mettre le feu aux poudres numériques et faire couler beaucoup d’octets par la suite. Laure Belot a d’ailleurs prolongé sa réflexion dans un livre paru il y a quelques mois, intitulé « La déconnexion des élites« . Dans son article, Laure Belot décrivait donc les élites françaises comme étant, je cite Vincent Glad, « tombées du mauvais coté de la fracture numérique », surprises par un mouvement d’innovation qu’elles n’avaient pas su prévoir. Les élites et les hommes politiques ne comprendraient pas ou ne souhaiteraient donc pas voir les changements sociaux induits par la montée en puissance de l’économie numérique.

Si les exemples de ce décalage sont nombreux (un magistrat qui ne connait pas google, un ministre qui croit avoir rencontré les dirigeants d’internet), beaucoup d’observateurs ont cependant très vite critiqué l’article et remis en cause le propos de l’auteure. En quelques mots, on peut regrouper ces critiques en deux parties: d’une part on a reproché à Laure Belot son optimisme béat envers les nouvelles technologies, digne d’un néophyte qui enchaîne les lieux communs. D’autre part certains ont vu dans son article une sorte de programme implicite de reconquête du numérique de la part de ces élites traditionnelles.

Outil d’Empowerement

European-Lab-vendredi-81Pour débattre de ce thème, nous avons reçu Erwan Kezzar qui est cofondateur de simplon.co, une école qui permet notamment à des jeunes qui ont décroché du système scolaire de suivre une formation accélérée de six mois au code informatique) et Tariq Krim fondateur de Netvibes et JoliCloud qui a remis un rapport consacré à l’état de la filière numérique en France à Fleur Pellerin lorsqu’elle était ministre de l’économie numérique.

Très vite, nos invités ont souligné à quel point le numérique pouvait être un outil d’empowerment pour ceux qui s’en saisissent. Ils ont souligné la nécessité d’avoir une formation technique – même de quelques jours – aux principes élémentaires du code informatique et au fonctionnement d’un site internet car les connaissances techniques permettent d’appréhender les enjeux sociaux de l’économie numérique, ils ont donc tous les deux plaidé pour une véritable formation universelle aux humains numériques.

De la culture numérique vers une nouvelle façon de concevoir l’entrepreneuriat

P1050591En effet, pour Tariq Krim, les développements récents dans le domaine de l’intelligence artificielle menacent davantage les emplois de cols blancs que les emplois de cols bleus, il est en effet simple d’effectuer des tâches complexes routinières avec des algorithmes. Ce constat renforce donc la nécessité d’une formation aux enjeux d’internet pour les élites. Tariq Krim a notamment repris une analogie du « second half of the chessboard » qui avait été proposée par R. Kurzweil.

Pour Erwan Kezzar, le numérique peut ainsi être un véritable enjeu de cohésion socio-économique. Tous deux ont aussi insisté sur la pertinence de l’approche bottom up en matière d’entrepreneuriat en France. Pour Tariq Krim la France n’a pas un problème de talents: ils sont là, il faut faire en sorte que la France retienne ses jeunes entrepreneurs. Pour cela, les élites économiques et politiques doivent rompre avec une politique inefficace basée sur des champions nationaux qui sont aujourd’hui dépassés. Le management des grandes entreprises doit aussi être repensé dans le sens d’un organisation plus horizontale afin de favoriser les initiatives individuelles. Enfin, Tariq Krim a insisté sur la nécessité pour le continent européen de redevenir un espace de production industrielle tourné autour de l’internet des objets.

Jean Antoine

Par Jean-Antoine

Les modes de financement alternatifs dans la culture: aubaine durable ou effet de mode ? #EUROLAB2015

Les modes de financement alternatifs dans la culture: aubaine durable ou effet de mode ? #EUROLAB2015

11230671_424537994391295_861433176421759173_nAborder le thème des modes de financement alternatifs dans la culture en 2015 amène à se demander dans quelle mesure le crowdfunding constituerait les prémisses d’un nouveau modèle économique. Dans un contexte de rigueur budgétaire assumé, l’Etat et ses financements en direction de la culture diminuent un peu plus. Le régime français du mécénat d’entreprises est aussi peu incitatif et n’a pas vocation à jouer un rôle fort dans le financement de la culture pour le moment. Dans ce contexte, il s’agira de revenir sur le phénomène du crowdfunding : formes, tendances et enjeux.

European-Lab-vendredi-50Mode de financement permettant une mise en contact plus directe entre les porteurs de projets et les internautes, le crowdfunding enthousiasme la toile et les médias. On pointe souvent ses avantages : effet désinhibant sur le création artistique, source d’innovation et de démocratisation culturelle, développement rendu possible de projets de moyenne envergure. Mais ce nouveau mode de financement constitue t-il la panacée pour un secteur culturel plus que jamais en manque de ressources ? Est-il si simple à mettre en oeuvre ? N’y a t-il pas d’effets pervers liés à son développement ? On pourra donc s’interroger sur les ingrédients nécessaires à la mise en place d’un bon programme de crowdfunding.

Aujourd’hui plus que jamais, il semble que les acteurs de la culture s’efforcent d’une part de repenser les stratégies de communication sensées porter le phénomène. Ils sont aussi dans l’attente d’une législation qui permettrait à l’outil de s’étendre. Par la prise d’ampleur qu’on lui promet, la crowdfunding en laisse d’autres perplexes : n’est-t il pas un moyen d’encourager le retrait de l’Etat ? Certains pointent aussi le risque d’émergence d’un « nouveau conformisme » à l’égard des biens culturels qui serraient formatés pour les internautes-financeurs. Le crowdfunding est-il vraiment une promesse de démocratisation culturelle ? Sa définition qui oscille entre nouveau mode d’investissement et incubateur pour la création artistique incite à se poser la question. Mis sous les projecteurs par Obama, la ville d’Amsterdam ou plusieurs institutions culturelles, la visibilité du crowdfunding est avant tout celle de ses plateformes. Ce nouveau mode de financement ne servirait-il pas également d’argument marketing à ceux qui s’en font les chantres ?

Anne-Françoise Clair

Par Anne-Françoise Clair