Encore plus de détenteurs de vos données personnelles

CE-CdWeWYAAEVP6Le #PJLrenseignement a été présenté, par Manuel Valls, au Conseil des Ministres du 19 mars 2015. Il a été adopté en première lecture par l’Assemblée Nationale le jeudi 16 avril 2015, par la trentaine de députés alors présents dans l’hémicycle. Le texte prévoit notamment la greffe de « boîtes noires » sur les infrastructures des compagnies de télécommunication : « un dispositif destiné à révéler, sur la seule base de traitements automatisés d’éléments anonymes, une menace terroriste » (Art. L. 851-4.). Autrement dit, tout internaute français verra ses données de connexion enregistrées et analysées, afin qu’un algorithme puisse déterminer si son comportement est suspect. Entre liberté et sécurité, il faut donc choisir.

Trancher est d’autant plus délicat que l’État n’est pas le seul à en avoir après nos données personnelles. Des réseaux sociaux aux sites de e-commerce, en passant par les services de messagerie, tous les acteurs de web collectent des petits bouts de notre vie en ligne. A priori, cela semble anodin. La situation commence à devenir un peu plus inquiétante quand on sait que toutes ces informations sont stockées sur des serveurs, analysées, puis revendues au plus offrant ; nous avons peu, voire pas de contrôle sur ce qu’elles deviendront par la suite. Alors, à l’heure d’internet et de sa mémoire sans faille, comment résister au phénomène de surveillance généralisée ?

Refuser que notre identité réelle soit déterminée par l’agrégation de nos traces sur Internet

martin untersingerEn la matière, l’ouvrage de référence est probablement Anonymat sur Internet de #MartinUntersinger. Ce jeune journaliste – spécialisé dans les questions liées à Internet – explique parfaitement pourquoi la vie privée numérique est une nécessité. « La vie privée, c’est le contrôle sur l’information que l’on choisit de mettre en ligne » (p. 34) : revendiquer notre droit à la vie privée, c’est refuser que notre identité réelle soit déterminée par l’agrégation de nos traces sur Internet. C’est précisément ce qui est en jeu lorsque des entreprises et/ou l’État collectent nos données. Les premières dressent notre profil à des fins commerciales, le second nous observe avec un objectif sécuritaire. Dans les deux cas, non seulement nos informations personnelles nous échappent, mais elles sont utilisées pour nous catégoriser.

Dans un article d’Andréa Fradin paru le 28 mars sur Rue89, #Antoinette Rouvroy montre comment se savoir surveillé nous pousse insidieusement à nous autocensurer : « les individus, à partir du moment où ils savent qu’ils sont classifiés, même s’ils ne savent pas quels sont les critères de classification, vont adapter leur comportement à ce qu’ils pensent qu’on attend d’eux ». Au revoir, donc, à toute curiosité qui pourrait sembler malsaine ; plus question de demander à son moteur de recherche des informations sur l’organisation de l’État islamique ou sur la fabrication de bombes artisanales, au risque de se faire épingler pour comportement amoral. C’est là tout le problème : la démocratie punit l’illégalité, pas l’immoralité.

Se protéger, #Kitdesurvie #UnfollowMe

11096718_424537734391321_7601752374963861782_nLe bilan semble plutôt sombre pour celles et ceux qui croient à un Internet libre et anonyme. Mais il est encore possible de protéger sa vie privée numérique. Dans son livre, avec une grande pédagogie, Martin Untersinger offre un véritable #Kitdesurvie pour sécuriser son activité en ligne. Des solutions les plus simples aux plus techniques, il couvre l’essentiel de nos pratiques connectées : sites web, envoi d’e-mails, téléphones intelligents et tablettes, achats, mots de passe, etc.

De son côté, Amnesty International en appelle à une mobilisation sur le plan politique. Avec le mot d’ordre « #UnfollowMe », l’organisation exhorte les citoyens du monde entier à s’insurger contre la surveillance de masse non ciblée. Au final, c’est peut-être par là qu’il faut commencer : avant de chercher à sauver ce qui peut l’être de nos données, ne devrait-on par faire valoir nos droits électroniques auprès des nos dirigeants ?

 

Par Charlotte S.

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